| L'Œuvre 23 septembre 1924 |
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Brest devrait être le premier port de l'Europe L'un des ingénieurs américains les plus! estimés de ce temps, Mackenzie, vient de faire à New-York une conférence sur les voies de communications intercontinentales. S'adressant aux représentants des plus grandes firmes industrielles des États-Unis, il a indiqué que Brest deviendrait fatalement, dans un jour prochain, tant pour la navigation aérienne que marine, le premier port transatlantique du monde et le principal centre des transactions pour l'Europe Occidentale. De ce côté-ci, dit-il, Montank, à Long Island, servant d'avant-port à New-York, actuellement embouteillé chroniquement; de l'autre côté, Brest. Ce point géographique est placé de telle sorte, sur la carte, qu'il est, de l'Europe Continentale, le plus rapproché de l'Amérique du Nord et aussi des régions océaniennes desservies par le canal de Panama. Économie de charbon, réduction des prix du fret: voilà les raisons qui, en dehors de sa sûreté, militent en faveur de Brest comme principal port transatlantique occidental. La rade de 10 kilomètres de large sur 23 de long est encadrée de toutes parts par des falaises à pic assurant aux navires un mouillage clos, abrité et sûr. Aux plus basses marées, les fonds demeurent à 20 mètres sur 1.000 hectares carrés, à 13 mětres sur 5.000 hectares et de 3 à 13 mètres sur le reste de la rade, soit 9.000 autres hectares. Ces chiffres sont éloquents si l'on songe que le port d'Anvers n'a que 580 hectares et Liverpool 650. « Un goulet de cinq kilomètres de long, d'une largeur moyenne de 1.500 mètres donne accès à cette rade incomparable. Il est jalonné, la nuit, d'un alignement de feux unique qui font une avenue de lumière dans laquelle les navires peuvent circuler avec autant de sécurité que des automobiles parcourant une avenue de grande ville bordée de ses lampadaires. Brest possède les profondeurs indispensables pour recevoir les bâtiments du plus fort tonnage. Pendant la guerre, nous avions décidé tout d'abord que Liverpool serait notre principal port de débarquement en Europe. A défaut d'autres raisons, nous avions, du moins, celle que Liverpool était la rade insulaire, la plus rapprochée de l'Amérique. Nous y expédiâmes le Leviathan, paquebot de 57.957 tonnes et de 289 mètres de long. Le géant ne put pénétrer dans le port pour y déposer sa cargaison d'hommes et de matériel. Il dut attendre vingt-huit jours devant Liverpool une marée favorable pour entrer dans le port britannique. « A son voyage suivant, il piqua droit sur Brest, accompagné d'autres navires de tonnage considérable et, sans se soucier de l'heure de la marée ou du temps, entra dans la rade. Quarante-huit heures plus tard, il avait déchargé une division américaine et son matériel. Il repartit aussitôt et fit la navette entre l'Amérique et la France, pénétrant à Brest à toute heure, le jour, la nuit, par temps de brume comme par temps clair, protégé contre les submersibles ennemis par la configuration même de la côte. » Pendant la guerre de grands travaux ont été faits qui ont permis l'accès des trains jusqu'aux quais. Un parc à mazout a été construit, des appontements nouveaux ont été bâtis. Le 4 novembre dernier, pendant la dernière législature, M. Raiberti, alors ministre de la marine, avait déposé un projet de loi en vue d'être autorisé à construire à Brest des réservoirs pour 340.000 tonnes de mazout, pour les besoins de la marine de guerre et la Chambre de commerce de Brest caressait de son côté, l'idée de faire de ce port un centre pétrolier. Que sont devenus ces projets ? M. L. |
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