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Le Journal des débats 28 septembre 1924


Adieu les bateaux parisiens

AU JOUR LE JOUR

Adieu les bateaux parisiens !

Les journaux annoncent la disparition, dans un délai très court, des bateaux parisiens. Ce n'est pas sans mélancolie que nous songeons aux mamans, qui n'auront plus l'occasion de répondre à leurs bambins qui veulent savoir comment marchent les petits bateaux. Le fleuve lui-même sera triste, car il aura perdu les « hirondelles » et les « mouches » qui le sillonnèrent pour la première fois en 1867.

Avant cette date, le public ne pouvait naviguer que sur des bateaux à roues qui partaient de Paris, pendant la belle saison, pour de lointaines destinations: Saint-Cloud, Corbeil ou Melun.

L'apparition des premiers bateaux-mouches eut le plus grand succès. Ce service enregistra annuellement jusqu'à 25 millions de voyageurs. Avant la guerre encore, les Parisiens pouvaient goûter le charme de Paris et mettre une heure pour aller de Charenton à Auteuil. Aujourd'hui, les autobus-express, qui nous conduisent en 13 minutes de Passy à la Bourse, nous contentent à peine, et, passant en ouragan, ne nous permettent pas de soupçonner les séductions de notre ville.

Ah! quelle joie, lorsque, tout petits, jeunes Parisiens que nous étions alors, nous monitions avec précaution sur le ponton, pour un long, très long voyage, nous semblait-il ! Nos narines se gonflaient en aspirant l'air vif, et nous pensions friser le danger dès qu'il fallait passer du ponton au bateau. Le ponton remuait, notre intrépidité ne songeait pas au mal de mer et nous étions persuadés avoir gagné une victoire lorsque nous avions posé les deux pieds sur le sol mouvant du navire qui allait fendre les flots, parfois agités au passage d'un remorqueur.

Les vrais Parisiens de Paris, les vieux Parisiens d'autrefois ne se remémorent pas sans émotion le son aigrelet de la cloche qui annonçait les escales. La voix du commandant, proclamant les stations, remplissait les cabines dans lesquelles l'on se réfugiait les jours de pluie. Elle évoquait pour chacun des idées différentes, et devant nos yeux émerveillés défilait notre Paris: l'île Saint-Louis et sa verdure, les tours de Notre-Dame qui se détachent majestueusement dans le ciel, les profils aigus du Palais de Justice, les grands arbres du quai du Louvre qui laissent apercevoir, à travers le voile de leur feuillage, la ligne imposante du Palais des rois; en face, la coupole évocatrice de l'Institut. Plus loin, les ruines de la Cour des Comptes, au travers desquelles riait le ciel bleu, semblaient le témoin tragique d'une histoire qui nous paraissait, mystérieuse et lointaine !


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