| La Presse 10 août 1924 |
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REFLEXIONS DU SOIR Le Traité anglo-soviétique et l'intérêt français Encore que violemment critiqué à la Chambre des Communes avant même que d'être connu dans son texte, le traité anglo-soviétique est aujourd'hui acquis. Tout traité devant être déposé sur le bureau de la Chambre des Communes vingt et un jours au moins avant d'être ratifié, ce n’est donc que vers le 30 septembre qu'il deviendra définitif. Il existe cependant dès aujourd'hui et mérite qu'on y prête quelque attention. M. Mac Donald voulait résolument arriver à sa conclusion et, sans prendre la peine de cacher son dépit, mardi soir lorsque M. Ponsonby annonça la rupture définitive des négociations, il s'efforçait le lendemain mercredi, dès cinq heures du matin, de faire reprendre la conversation. Aidé de certains députés tels que MM. Lansbury et Morel, il réussit enfin à faire découvrir une formule d'entente. Le gouvernement britannique consentait à garantir l'emprunt russe et le gouvernement soviétique s'engageait non seulement à reconnaître en principe la dette de l'ancien gouvernement russe, ce qui est très important, mais encore à payer des indemnités aux sujets britanniques lésés par la révolution et à ceux dont les biens ont été nationalisés. On peut dire que cet accord s'est réalisé sous la pression active et vigilante du Labour Party. Quels en seront maintenant les résultats au point de vue pratique ? Les partis anglais d'opposition, libéraux et conservateurs, prétendent que le ministère travailliste et le Labour Party ont voulu se procurer à bon compte un succès purement artificiel puisque ce traité, qui n'est pas ratifié et qui ne le sera peut-être pas ne règle rien sur aucun des points essentiels. Il convient de remarquer en effet qu'aucun chiffre n'est fixé en ce qui concerne l'emprunt promis à la Russie et que l'Angleterre n'a pratiqué, jusqu'à présent, du fait du traité, aucune obligation financière effective et d'autre part qu'aucune indication n'est fournie non plus quant aux indemnités qui pourront être accordées par les Soviets aux intérêts britanniques lésés. Pourtant ce traité constitue un événement capital pour la raison que, s'il est ratifié, il crée une situation dominée par deux grands faits nouveaux. Le premier de ces faits c'est que l'Angleterre consent à l'ajournement sine die de toutes réclamations concernant les dettes d'Etat russes et cette décision prise, on se demande ce qu'elle fera demain à l'égard des dettes interalliées, ce qui intéresse la France au premier chef. Le second de ces faits, enfin, c'est qu'en admettant le principe de l'indemnité aux sujets britanniques lésés et à ceux dont les biens ont été nationalisés, elle renonce définitivement à tout espoir de réinstallation des anciens propriétaires dans leurs droits antérieurs. Or, ceci est extrêmement grave par les conséquences que cela entraîne au point de vue général et la France particulièrement ne saurait y être indifférente. Par suite de cet accord, la Russie Soviétique a les mains libres en ce qui concerne son pétrole, c'est-à-dire en ce qui concerne la seule partie de son actif immédiatement réalisable. Les anciens propriétaires de concessions, les anciennes sociétés russes qui exploitaient se trouvent définitivement dépossédées. Certes, leur droit à une indemnité dont la proportion n'est pas fixée d'ailleurs connu, mais leur dépossession par contre est acquise. Ainsi les Soviets pourront demain concéder à nouveau toutes ces exploitations quitte au besoin à mettre à la charge des nouveaux concessionnaires le paiement de l'indemnité promise aux anciens. est re- Mais dira-t-on, il ne tient qu'à la France d'agir de la même manière et de traiter son tour avec les Soviets sur des bases analogues. ANDRE PAYER. |
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