| Le Petit Journal illustré 24 août 1924 |
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ENTRE NOUS Dans l'art de conserver les monuments historiques, il existe deux méthodes : celle qui consiste à faire uniquement les réparations nécessaires pour que subsistent, telles que nous les a léguées le passé, les vieilles pierres de nos châteaux ou de nos églises. C'est la méthode admise aujourd'hui par tous nos artistes. L'autre, fort en honneur à l'étranger et surtout en Allemagne, consiste à réédifier, dans le goût de l'époque, toutes les parties que le temps a détruites, de telle sorte que les monuments apparaissent à nos yeux comme ils étaient autrefois ou comme ils auraient dû être. Or, appuyée, dit-on, par les offres de riches Américains, une proposition peu banale vient d'être faite. Il s'agirait tout simplement de terminer les deux tours de Notre-Dame de Paris. Cette église a été commencée en 1163 sur l'emplacement de plusieurs petites églises construites elles-mêmes sur les ruines d'anciens temples païens: Saint- Etienne, Saint-Jean-le-Rond, Sainte-Marie. En 1206, lors de la grande inondation de la Seine, le porche est terminé, la première balustrade achevée, on commence à édifier les tours. Notons en passant le nom de l'architecte auquel est attribuée la direction des travaux. C'est un nommé Pierre de Montreuil et non de Montereau comme on l'a souvent imprimé. Il était originaire du hameau le Petit-Montreuil-lès-Vincennes. En plus de Notre-Dame, on lui doit la construction de la Sainte-Chapelle et de la basilique de Saint-Denis. Au XIIIe siècle, Notre-Dame tout entière était achevée, mais les deux tours, élevées à la troisième plateforme, devaient être complétées par deux hautes flèches en pointe de 125 mètres de haut. Or, on s'arrêta là. Pour quelles raisons? Il est difficile de le dire maintenant. Peut-être faute d'audace, peut-être plus simplement faute d'argent. En tout cas, le fait est indéniable, les deux tours ne sont pas terminées et, depuis six cents ans, personne n'a osé entreprendre ce travail négligé par nos aïeux. Seul, vers 1850, Viollet-le-Duc, qui restaura la cathédrale et construisit la délicieuse flèche du transept, établit un projet d'achèvement qui ne fut pas mis à exécution, mais dont les plans nous restent. Ce sont ces plans qu'on nous propose aujourd'hui de reprendre. Rassurez- vous! on n'y donnera pas suite, malgré toutes les générosités américaines. Tout le monde est d'avis de respecter l’œuvre du passé et de la maintenir telle qu'elle est. Turquie Chaque jour un peu plus, la Turquie se modernise. Après bien d'autres réformes importantes, l'Assemblée Nationale d'Angora vient d'émettre un vote interdisant la polygamie. Il y a de quoi surprendre nos idées d'occidentaux pour qui tout Turc, pour être vrai Turc, doit posséder plusieurs femmes. Mais, contrairement à ce qu'on croit, le Coran n'a jamais fait de la polygamie une obligation. Il l'a simplement autorisée à une époque où la religion musulmane, telle que Mahomet l'a conçue, était une religion de conquête. Il ne s'agissait de rien moins que de subjuguer la terre entière. Or pour conquérir, il faut faire la guerre. Pour faire la guerre, il faut des hommes. Pour avoir des hommes, il faut des femmes qui les mettent au monde. La mort des harems! Seuls les regretteront les rêveurs enchantés par les récits plus ou moins véridiques des romanciers. Les femmes turques, aujourd'hui qu'elles reçoivent la même éducation que leurs sœurs d'Occident, seront les premières à s'en réjouir. L'INDISCRET. |
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