Ouest-Éclair 27 avril 1924


Droit de passage le long de la côte

LE DROIT DE PASSAGE LE LONG DE LA COTE

Va-t-on, enfin, accorder aux municipalités, aux syndicats d'initiative et aux contribuables ce qu'ils réclament?

Notre petite enquête sur le droit de passage le long de la côte continue à passionner l'opinion, si l'on en juge par le nombre de lettres que nous recevons chaque jour à ce sujet. Voici ce que nous écrit un touriste, lecteur de l'Ouest-Eclair :

Monsieur le Rédacteur en Chef,
Les articles qui paraissent dans l'Ouest- Eclair sur le droit de passage le long des côtes sont d'une incontestable utilité, car il amorcent l'attention du public sur un véritable danger national.

Si l'on n'y prend garde, les bords de la mer en France, qui sont une de nos principales richesses touristiques, seront, d'ici peu d'années, la propriété de privilégiés, d'un tout petit nombre de privilégiés, comparativement à la masse de ceux qui devraient avoir le droit d'en profiter.

Seule la presse régionale est capable de créer le mouvement d'opinion nécessaire pour que des mesures immédiates, j'insiste, des mesures énergiques et immédiates, soient prises pour assurer la conservation de ce qui n'est pas déjà accaparé.

Les Syndicats d'initiative des pays côtiers, soutenus au besoin par les Syndicats d'initiative de l'intérieur (qui ne demanderont pas mieux, sans doute), doivent agir de leur côté et de toutes leurs forces, par tous les moyens licites en leur pouvoir. Il est temps, grand temps, très grand temps. Je suis persuadé que tous les grands organes de tourisme leur prêteront leur appui.

Il est certain que l'entreprise est difficile ! Il faudrait agir vite et trop de personnalités haut placées tant auprès des Pouvoirs publics que dans la grande presse, ont un intérêt direct à... ne pas insister !!...

Les journaux dont la parole reste indépendante (comme le vôtre), devraient considérer comme un devoir de jeter un cri d'alarme assez fort pour qu'il soit obligatoirement entendu de ceux qui peuvent encore peut-être, en le voulant de toutes leurs forces, en passant sur toutes les considérations d'intérêts particuliers, devant l'importance de l'intérêt national qui est en jeu, non pas revenir sur ce qui est fait (cela ne me semble pas possible en l'état actuel et selon les principes de la législation), mais au moins sauvegarder pour l'avenir ce qui reste accessible aux touristes ou aux simples passants, sur les bords de la mer.
Veuillez agréer, etc...
Un touriste.

Le point de droit qui fait l'objet de la lettre qu'on vient de lire a déjà, comme bien on pense, fournit matière à plusieurs procès. Nos lecteurs de la région malouine se rappellent certainement l'affaire Brébion qui s'est posée à propos des rochers sculptés à Rothéneuf par le fameux ermite, aujourd'hui décédé. M. Brébion, devenu acquéreur de ces rochers, les exploite commercialement. Il les a fait barrer jusqu'à la limite du « Plein de Mars et on n'a pu le lui interdire. En effet, la jurisprudence sur ce point est formelle. Un propriétaire de terrain donnant sur la mer a tous les droits que confère la propriété jusqu'à l'endroit précis où s'arrête le flot à la plus forte marée, celle de Mars.

On avouera qu'il y a là une invraisemblable anomalie. Pourquoi la servitude légale qui existe pour les rivières navigables et flottables n'existe-t-elle pas pour le littoral ?

C'est en vertu de ce texte de loi, pour le moins bizarre, que la Pointe de la Malouine à Dinard est fermée en fait au public. De même pour la partie qui va des vedettes à la plage du Prieuré, sauf les points occupés par le port. La situation est la même à la pointe de Rochebonne, à Rothéneuf, au Lupin, ainsi qu'à de nombreux endroits de la côte, à Saint-Lunaire et Saint-Briac, voire même à Saint-Servan, tout au long de la ! grève des Bas-Sablons.

C'est dire que le «chemin des Douaniers n'existe plus depuis longtemps dans ces différents endroits. Si donc l'administration des Douanes n'a pu empêcher celte situation, c'est que son chemin n'était là qu'en vertu de tolérances. C'est d'ailleurs pour remédier à cette lacune de notre législation que les différentes municipalités de Dinard ont, depuis 15 ans, dû acheter plusieurs terrains en bordure de la mer, Port-Riou et autres, pour sauvegarder les vues sur la Manche.

On a peine à croire que, dans un pays de liberté comme la France, les vœux des municipalités, des Syndicats d'initiative et de la masse des contribuables n'aient pas déjà été entendus en haut lieu.

Serons-nous toujours obligés, quand nous nous rendons sur nos côtes si réputées, de nous promener derrière des fils barbelés et des murs, des murs derrière lesquels se cachent les plus beaux sites de notre région ?


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