Le Petit Journal illustré 10 février 1924


Si le théâtre offre pour nous un aussi incontestable attrait, sans doute est-ce parce qu'il réunit à lui seul plutôt parce qu'il pourrait réunir toutes les émotions artistiques: art plastique, puisqu'il utilise les ressources de la peinture, de la musique, de l'éloquence et de la beauté ; art intellectuel, puisqu'il fait appel à la pensée.
Si cette perfection d'ensemble n'est souvent, hélas! que théorique, il n'en est pas moins vrai que le cadre joue un rôle essentiel au théâtre. L'effort du décorateur, celui du costumier, ont une action directe sur la valeur d'un spectacle aussi directe parfois que ceux de l'écrivain et de l'acteur.
Et pour la grande joie de nos yeux, les peintres décorateurs font des merveilles.
Voici ce que Victorien Sardou, qui était un grand technicien du succès, eut à penser un jour :

Puisque j'écris des pièces historiques, puisque, pour les mettre en scène avec une grande précision, j'ai recours aux tableaux, aux gravures des époques évoquées, pourquoi ne parviendrai-je pas, avec le concours des comédiens, du décorateur, du costumier, du metteur en scène, à reconstituer, en une sorte de tableau vivant, une œuvre d'art ?
Sur ces entrefaites, Victorien Sardou fit représenter à la Comédie-Française Thermidor. La pièce fut violemment discutée, puis interdite. Et, dans le feu des passions politiques, peu de spectateurs remarquèrent qu'au quatrième acte, le fameux tableau de Ch.-L. Muller, que l'on peut admirer au musée de Versailles, l'Appel des condamnés, avait été strictement reconstitué. Le décor représente la petite cour de la Conciergerie. A gauche, au deuxième plan, l'arcade, la grille et des marches accédant à la grande cour. Au fond, la porte du corps de garde. Au delà, on aperçoit, à droite, la colonnade du pavillon central, et en face, par-dessus l'aile du palais qui fait retour vers la place, la Sainte-Chapelle sans sa flèche. Les gendarmes et les gardes nationaux font la haie sur deux lignes entre l'escalier et la porte de la Conciergerie. Tous les personnages en scène se massent derrière les deux haies. Les bancs sont garnis de curieux.
Quelques années plus tard, dans l'Affaire des Poisons, Sardou reproduisit une soirée à la grotte de Thétis, à Versailles, en 1665, d'après une gravure de Lepautre. Le théâtre de la Porte-Saint-Martin dépensa alors 300.000 francs pour exécuter ce tableau. Cet exemple ne manqua pas d'être suivi. Antoine, à l'Odéon, réalisa le Forum romain, conforme au tableau de Gérôme, pour la Mort de César, dans Jules César, de Shakespeare.
Le même Antoine, montant le Faust, d'Emile Vedel, d'après Goethe, reproduisit au prologue la rosace de la cathédrale de Reims.
Dans Glatigny, de Mendès, on reproduisit la Brasserie, de Courbet. Dans Adrienne Lecouvreur, Sarah Bernhardt s'inspira d'un fameux tableau de Charles Coypel. Les auteurs s'ingénient à situer leurs actions dans des cadres artistiques. Le premier acte de la Tosca se passe à Rome, dans l'église Saint-André des Jésuites.
A l'Opéra, Mme Aino Acté, interprêtant Faust, fit, au 3 tableau, une reconstitution précise (attitudes, costumes, etc.), de la Marguerite au rouet, d'Ary Scheffer.
Enfin, en 1904, on jouait, aux Bouffes- Parisiens, une pièce de M. Emile Veyrin (on relève parmi les créateurs de cette pièce des noms comme ceux de Armand la petite cour de la Conciergerie. A gauche, au deuxième plan, l'arcade, la grille et des marches accédant à la grande cour. Au fond, la porte du corps de garde. Au delà, on aperçoit, à droite, la colonnade du pavillon central, et en face, par-dessus l'aile du palais qui fait retour vers la place, la Sainte-Chapelle sans sa flèche. Les gendarmes et les gardes nationaux font la haie sur deux lignes entre l'escalier et la porte de la Conciergerie. Tous les personnages en scène se massent derrière les deux haies. Les bancs sont garnis de curieux.
Quelques années plus tard, dans l'Affaire des Poisons, Sardou reproduisit une soirée à la grotte de Thétis, à Versailles, en 1665, d'après une gravure de Lepautre. Le théâtre de la Porte-Saint-Martin dépensa alors 300.000 francs pour exécuter ce tableau. Cet exemple ne manqua pas d'être suivi. Antoine, à l'Odéon, réalisa le Forum romain, conforme au tableau de Gérôme, pour la Mort de César, dans Jules César, de Shakespeare.
Le même Antoine, montant le Faust, d'Emile Vedel, d'après Goethe, reproduisit au prologue la rosace de la cathédrale de Reims.
Dans Glatigny, de Mendès, on reproduisit la Brasserie, de Courbet. Dans Adrienne Lecouvreur, Sarah Bernhardt s'inspira d'un fameux tableau de Charles Coypel. Les auteurs s'ingénient à situer leurs actions dans des cadres artistiques. Le premier acte de la Tosca se passe à Rome, dans l'église Saint-André des Jésuites.
A l'Opéra, Mme Aino Acté, interprêtant Faust, fit, au 3 tableau, une reconstitution précise (attitudes, costumes, etc.), de la Marguerite au rouet, d'Ary Scheffer.
Enfin, en 1904, on jouait, aux Bouffes- Parisiens, une pièce de M. Emile Veyrin (on relève parmi les créateurs de cette pièce des noms comme ceux de Armand Bour, Georges Colin, Henry Krauss, Paul Villé, Rivers, de Léonie Yahne- intitulée l'Embarquement pour Cythère, aimable et parfois émouvante broderie autour du fameux tableau de Watteau, que l'on voyait reconstitué au 4 acte.
Combien d'autres tableaux, s'ils ne frent pas strictement reproduits, servirent de décors à des comédies!
Mme Cora Laparcerie, reprenant en son théâtre Plús que reine, d'Emile Bergerat, nous a rendu avec un extrême souci du détail, avec une richesse incomparable de costumes, avec la plus parfaite précision de l'ensemble, le fameux tableau de David, le Sacre de Napoléon. Et la grande artiste, qui personnifiait Joséphine, eut la coquetterie, à l'acte de la Malmaison, de faire revivre un instant, attitude, écharpe rouge et banc, dans un décor de verdure, le portrait de Prud'hon.
Jacques CAMARET.

les décors de théâtre et la peinture