Excelsior 10 février 1924


ON PRÉPARE LES ÉLECTIONS
Le ministre de la presse
M. Maunoury vient d'adresser une circulaire confidentielle aux préfets de M. Poincaré pour les prier de le renseigner, avec force détails et précisions sur les conditions dans lesquelles se présente la lutte électorale, particulièrement en ce qui concerne la formation des listes, les coalitions ou ententes entre les divers partis et groupements politiques, les moyens de propagande employés par les candidats éventuels et les mouvements d'opinion qui se produisent dans le corps électoral ».
Rien là que de très naturel. Le ministre de l'intérieur ne fait preuve d'aucune soif d'information excessive ou déplacée en réclamant pour la fin de chaque mois un rapport spécialement consacré à ces sujets d'actualité.
Mais voici probablement une curiosité plus inédité. Le premier rapport des préfets devra contenir une étude approfondie sur l'action de la « presse locale » Evi- demment, c'est un souci qui n'existait pas en 1919, au temps de la censure, opportunément remplacée par une grève de journaux peu propice au choc des idées. Mais sachez lire les lignes qui suivent :
« Il y aura lieu de me faire savoir quels sont les journaux régionaux qui, par leur importance, sont susceptibles d'exercer une réelle influence sur le corps électoral et de me donner, pour chacun d'eux, tous renseignements utiles sur leur tirage, leur direction et leur attitude à l'égard du gou- vernement. J'attache un intérêt tout particulier à l'envoi régulier de ces rapports... qui devront me parvenir par pli confidentiel sous le timbre de mon cabinet. »
Qu'est-ce à dire ? Les directeurs de journaux vont-ils être soumis à une surveillance spéciale? Ou bien songerait-on plus simplement à venir en aide aux plus orthodoxes avec l'argent de M. Billiet ? Les préfets ont l'habitude de comprendre les choses à demi mot. Pourtant ils ont du, cette fois, se demander quel est le mobile

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