| L'Œuvre - 15 novembre 1925 |
LE "COMPLOT" moyen de gouvernement
Le général Primo de Rivera, dictateur d'Espagne, s'efforce de se régler en tous points sur M. Mussolini, et, quand celui-ci prend des mesures ou esquisse un geste, c'est comme dans la chanson-scie militaire bien connue :
Aussitôt il fait la mêm' chos' que lui !...
Et, M. Mussolini ayant eu son grand complot, M. Primo de Rivera n'a pas tardé à avoir le sien. Faute cependant d'un meurtrier sous la main, il s'est borné à faire coffrer, sous prévention de conspiration, deux de ses collègues et ci-devant amis le général Queipo de Llano, un des meilleurs de l'armée espagnole, et le général Garcia Moreno, naguère encore chargé par son Directoire de missions fort délicates.
Au fond, l'«attentat» Zaniboni et le complot» Queipo de Llano importent peu. Ce qui intéresse les tchekas d'Italie et d'Espagne, ce sont les mesures de répression dont ils ont été et seront certainement encore l'occasion: fermeture des loges maçonniques, dissolution d'associations libérales et républicaines, pillages d'imprimeries, suspensions de journaux, arrestations de journalistes...
Les procès viendront plus tard plus tard possible. Si Zaniboni et le général Queipo de Llano sont, d'aventure, reconnus innocents, leur acquittement ou leur condamnation n'aura plus d'intérêt. Attentat et complot sont avant tout une «occasion» et un «moyen».
Moyen classique, qui a fait ses preves. Le bon vigneron Paul-Louis le disait déjà dans son journal: «La police est sur la trace d'un grand complot». « On ne sait pas encore bien qui en sera»
On finit toujours par le savoir: ce sont ceux qui déplaisent au gouvernement. Au surplus, étant nés d'un coup de force, il est naturel que le Directoire espagnol et la Dictature italienne se méfient de ceux qui pourraient vouloir leur faire ce qu'ils ont fait eux-mêmes. Et le plus sûr c'est toujours de les arrêter : s'ils sont innocents, c'est tant pis pour eux. Ou tant mieux.
Mais qu'ils restent en prison.....
Victor Snell
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