| L'Œuvre - 01 novembre 1925 |
Cette galère...
Connaissez-vous la machine à brouiller les cartes? Bien entendu, c'est encore une invention américaine. Les joueurs paresseux, ou qui ne veulent pas lâcher leur cigare, jettent les cartons pêle-mêle dans une corbeille et, en quelques secondes, les cartes sont battues et servies devant le joueur en un paquet irréprochable.
Le nom de cette petite machine m'a souvent fait penser à certains hommes qu'il suffit de poser n'importe où, pour que tout soit à l'envers, à rebrousse-poil et sens dessus dessous. Le général Sarrail a-t-il vraiment ce don diabolique, encore mal connu, bien que les manifestations en soient assez fréquentes, surtout dans l'administration? Cette faculté de désorganisation spontanée ne tient pas toute dans le mot «brouillon», dont généralement on se contente. Il serait d'ailleurs profondément injuste d'accorder qu'en si peu de temps le pauvre général ait pu faire tant de bêtises à lui tout seul...
| retour 01 novembre 1925 |
Il faudra faire la part de fautes antérieures, dont il n'est pas plus responsable que le Cartel ne l'est du Bloc, mais quand le général sera de retour et qu'on essaiera de débrouiller les cartes, est-ce que la première ne portera pas cette simple question qui résume peut-être toutes les autres : Au fait, qu'est-ce donc que nous sommes allés faire en Syrie ?
Protéger les Jésuites?
On ne se représente pas bien notre république laïque les chassant de son territoire pour les défendre et les choyer lorsqu'ils sont loin d'elle. En tous cas, le général Sarrail semblait mal préparé à cette besogne.
Ce «mandat» devait-il nous procurer de beaux avantages économiques? Faites le compte et dites-moi si nous n'en sommes pas de notre poche pour quatre ou cinq milliards. A cette heure besogneuse, ces quatre ou cinq milliards ne feraient-ils pas beaucoup mieux dans notre bourse ?
J'entends qu'il y a l'embranchement du Bagdad sur Le Caire, à travers la Syrie, et qu'aucune voie ferrée ne rendra plus de services à nos amis les Anglais.
Nous y sommes. Nous chauffons encore la couche pour les Anglais.
II y a même des gens sérieux qui prétendent que nous préparons des exutoires pour l'excès de notre population. Vous m'en direz tant!
Gustave Téry
