Paris-Soir - 01 novembre 1925


LA POLITIQUE DU CARTEL
Résignez votre mandat!

Le rappel du général Sarrail a été décidé hier soir par le Conseil de Cabinet.
Depuis des mois, cette mesure s'imposait. On a eu tort de la différer. Nous comprenons fort bien que le Gouvernement ne voulait point paraître céder aux injonctions de la presse réactionnaire. Mais il était évident que Sarrail n'avait point réussi. M. Edouard Helsey affirme qu'après Weygand personne ne pouvait réussir. Notre confrère rend hommage ≤aux mérites indéniables du général Sarrail, à ses hautes qualités d'énergie, de puissance de travail, d'intelligence». Toutefois il constate que ce grand soldat «compose mal son entourage, aime à commander», que «son autoritarisme réagit par boutades souvent maladroites», que ses initiatives n'ont pas toujours été très heureuses, et que l'histoire de son proconsulat «faite d'alternatives de libéralisme et de sévérité» atteste «une effervescence continuelle» qui ne pouvait guère laisser de place à une activité utile.
Aujourd'hui l'expérience prend fin. Nous ne voulons pas accabler Sarrail...

Nous n'avons aucune raison de lui être hostile.
Seulement nous n'avons pas deux conceptions de la Justice, l'une impitoyable pour nos adversaires, l'autre indulgente à nos amis. Si l'on veut toute notre pensée, nous dirons sans ambages que la République n'est pas un bureau de placement pour généraux fatigués.
Au surplus, on annonce la nomination d'un haut commissaire civil. S'il faut voir là, comme l'écrit ce matin l'Ere Nouvelle, «la fin des dictatures militaires» ce n'est point nous qui protesterons. Nous avons demandé le rappel du maréchal Lyautey pour les mêmes raisons que le rappel du général Sarrail. Un civil administre, un soldat ordonne ou exécute. C'est d'un civil, homme politique expérimenté, à l'esprit souple, que nous avons besoin.
Sa tâche sera lourde. M. Helsey lui prédit «de bien mauvaises heures» et bien des «complications». Et il pose nettement la question que le pays tout entier, ému des événements de ces dernières semaines, se pose avec inquiétude :
«Notre mandat sur la Syrie, renouvelable par périodes, vient à échéance le 26 septembre prochain. Avant de poursuivre dans le chemin où nous sommes engagés, si nous regardions de près le bilan de l'opération?»
En d'autres termes, faut-il renouveler ou résigner notre mandat? Nous répondons notre intérêt est de le résigner.
Nous dépensons des millions, nous sacrifions des hommes.
Pour qui ? Pour quoi ?
La France a-t-elle tant de ressources qu'elle puisse se permettre de les gaspiller ainsi? Et l'exercice de son mandat sur la Syrie a-t-il accru son prestige en Orient?
Poser la question c'est vraiment ici la résoudre.

L.-O. FROSSARD.


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