L'Œuvre - 01 novembre 1925


LOeuvre 1925 11 01  la politique sujet de conversation

Sujet de conversation

Autrefois, il n'y avait en France, pour parler politique, que ceux qui faisaient de la politique. Deux tiers des citoyens n'avaient pas d'opinions très nettes, les citoyennes encore moins; les premiers se contentaient de voter, et encore.
Aujourd'hui, non seulement les hommes ne se rencontrent plus sans aborder des questions de politique générale, mais encore les femmes ont une opinion qu'elles soutiennent sur Caillaux, le Maroc, la Syrie, la Grèce et la Bulgarie.
J'ai entendu dans le train des Français moyens discuter le coup avec des arguments qui auraient dû les conduire immédiatement au ministère des finances; j'en ai entendu d'autres, au café, parler de Beyrouth et de Damas comme s'ils en arrivaient hier matin. Et j'ai vu des femmes choisir déjà les perles de leurs colliers qu'elles sacrifieraient sur l'autel de l'impôt.
Si je disais que c'est un mal de voir la communauté se mêler de résoudre les plus grands problèmes, je me ferais lapider. Mais il est bien certain que des préoccupations si absorbantes détournent nos compatriotes de toutes les autres.
Quand on ne faisait pas de politique en jouant au bridge, au trictrac, à la belote ou au jacquet, c'est que la politique n'avait qu'un intérêt médiocre.
Les peuples heureux n'ont pas d'histoire; depuis onze ans les histoires se succèdent pour faire de l'histoire, nous sommes de pauvres figurants et ce que nous pouvons dire, et rien !...

D.


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