| Paris-Soir - 01 novembre 1925 |
Il faut interdire la vente de certains terrains
Il y a des gens qui se disent Espagnols, et qui ne sont pas du tout Espagnols. Il y en a d'autres qui se disent lotisseurs, et qui sont... Mais que sont-ils, au juste ? Je cherche les termes. Je ne les trouve pas, ou plutôt ceux que je trouverais seraient déplacés dans cette enquête impartiale. Aussi bien, m'accuse-t-on, en certaines feuilles, d'être rétribué par les lotisseurs. J'aurais mauvaise grâce à les attaquer.
En voici un, cependant, que je ne puis laisser passer sans lui tirer mon chapeau. Il s'appelle Péronne, il est avoué. Il possède, avenue Castelnau, à Drancy, un immense terrain qu'il a soigneusement loti, et qu'il a vendu un bon prix.
L'année dernière, il eut un beau geste. Les beaux gestes, le plus souvent, sont ceux que l'on est contraint de faire...
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M. Péronne, contraint ou non, fit établir la viabilité. Les terrassiers vinrent, sur son ordre, et construisirent l'avenue. Trottoirs et chaussée ne laissaient rien à désirer, et les lotis étaient contents.
Il restait cinquante mètres à construire. Me Péronne se surprit alors à pratiquer la fantaisie. Il sollicita ses terrassiers de ne plus continuer leurs travaux.
En sorte qu'aujourd'hui, l'avenue Castelnau répond bien à son nom. Elle prend des allures de catastrophe. Les lotis qui, de l'autre côté du tronçon à construire, sortent le matin pour se rendre à la gare, doivent prendre un chemin de détour.
Ci, vingt minutes de retard. Ou bien, lorsqu'ils sont pressés, ils passent à travers les trous et la boue. Quand ils en sortent, ils sont en bel état...
Il pleut. Le tronçon d'avenue de- vient marécage. Les gens de la cité Romain s'indignent, protestent. Vainement. La municipalité ne possède aucun moyen sérieux de pression sur le lotisseur. Et l'hiver vient.
Perspective charmante. L'hiver, l'eau stagne, vient jusque dans les rez-de-chaussée des maisons, s'y trouve bien, et reste.
L'hiver, pour passer, les lotis j'allais écrire les riverains doivent employer une passerelle.
Les terrains en sont-ils dépréciés ? Ils valent, ici, 35 francs le mètre, là 50 francs.
Laissons M. Péronne. Il n'est pas le plus critiquable. Ailleurs, des parties entières des terrains de Drancy, Bobigny, Blanc-Mesnil, sont recouvertes d'eau pendant trois mois.
- A-t-on le droit de les vendre quand même ?
- Oui, me répond-on. Il n'y a, dans les lois existantes, rien qui l'interdise.
Avis utiles
Avis, une fois de plus, à M. Levasseur et aux parlementaires.
Avis, également, aux petits acheteurs. La Fédération nationale des Acquéreurs de terrains de lotissements inscrit sur ses enveloppes la formule suivante : «Attention! Acheter du terrain est bien, ne pas se laisser prendre est mieux.» Excellent conseil ! Car je persiste à prétendre que les responsabilités, souvent, sont bilatérales. Aux uns, on peut reprocher de duper, aux autres de se laisser duper.
Mais le problème est plus simple encore. Il n'y aurait pas de dupes, s'il n'y avait pas de dupeurs, et si l'on ne permettait pas de duper. Des mesures doivent être prises pour régler non seulement l'avenir mais encore et surtout les fraudes et les fautes du passé.
Bernard LECACHE.
P. S. Le secrétaire général de la Fédération des Mal Lotis (communiste), a beau jeu de refuser tout crédit à cette enquête. Elle en eût revêtu à ses yeux si, daignant m'accorder le rendez-vous que je lui fis l'honneur de lui demander (lettre du 2 oc- tobre 1925), il m'avait informé des revendications qu'il défend.
B. L
