Le Petit Journal Illustré - 01 novembre 1925


Le Petit journal illustré 1925 11 01 07 les champignons vénéneux 1

Voici que recommence la série annuelle des empoisonnements par champignons vénéneux. On en a déjà signalé cette saison des Vosges, de Lorraine reconquise, de Reims, de Clamart, etc... Ce gaspillage de vies humaines doit avoir un terme.
Le champignon, aux yeux des profanes, est une sorte d'être mystérieux avec lequel ils jouent, croirait-on, d'autant plus volontiers qu'ils en ont plus peur. Car, n'est-ce pas, vraiment, jouer avec le danger que se contenter, pour s'autoriser à manger une récolte qu'on vient de faire, de l'avis de personnes sur la compétence desquelles on n'a soi-même aucune donnée.
Trop de gens se disent et, sincèrement, se croient connaisseurs; pas assez nombreux sont les véritables connaisseurs. Pour la conservation de vies précieuses, il serait presque à souhaiter que, hormis les spécialistes, chacun fût totalement ignorant de la science des champignons, mais, par contre, il faudrait que chacun connût bien la clé qui permet d'ouvrir le compartiment des champignons mortels.
Cette clé, c'est la volve.

Un siècle plus tard, c’est la technologie qui s’y mêle. Les contrôleurs de champignons mettent en garde contre le manque de fiabilité des applicationss


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Axiome: Tous les champignons à volve ne sont pas mortels, mais tous les champignons mortels ont une volve.
Qu'est-ce donc qu'une volve ?
Regardez le pied du champignon que vous venez de cueillir (ce que vous avez dû faire en le déterrant, non en l'arrachant); si, à la base de ce pied, il existe une enveloppe dont les bords, irrégulièrement effrangés, rappellent au défaut de rigidité près, l'aspect d'une coquille d'œuf cassée en deux, vous avez, en cette enveloppe, une volve sous les yeux.
La présence de celle-ci doit immédiatement mettre en garde le récolteur prudent qui devra exclure impitoyablement de son repas tous les champignons présentant ce caractère. Peu doit alors lui importer la couleur du chapeau; que celui-ci soit jaune, blanc ou vert, le champignon est tout aussi mortel car il s'agit soit de l'amanite phalloïde elle-même, soit de l'amanite printanière, soit de l'amanite vireuse, qui, toutes trois, ont la volve blanche nettement caractérisée, le pied blanc, un anneau blanc et les feuillets blancs sous le chapeau. Si, en suivant ce conseil, il écarte de son plat quelque autre amanite comestible, il paiera simplement du regret hypothétique de ne l'avoir pas dégustée, son assurance contre la mort.
L'oronge, amanite comestible, a bien, elle aussi, une belle volve blanche, mais son pied, son anneau et ses feuillets sont couleur jaune d'œuf. Donc, pas de confusion possible avec les amanites mortelles. D'ailleurs, l'oronge est bien connue et réputée là où elle pousse. L'oronge blanche, ou amanite ovoïde est, elle, toute blanche comme la printanière ou les phalloïdes blanches, mais sa volve est teintée d'ocre - c'est un champignon assez rare, comme aussi là où il pousse; mais, en tout cas, je le répète, si on ne le connaît pas, il vaut mieux n'y pas toucher que risquer la confusion à laquelle on doit la plupart des empoisonnements.
Il est à remarquer, en effet, que la plupart des rescapés des empoisonnements, disent : « Nous avions cru manger telle ou telle es- pèce de comestible... » et non : « Nous avons mangé sans savoir. »
sinon
D'autres champignons à volve sont, mortels, du moins fortement toxiques. Ils sont assez dangereux parce que la volve, au lieu de se trouver nettement formée comme dans la phalloide, et ses voisines, ne se retrouve que sous forme de débris sur le chapeau et au pied. Encore, dans ces deux espèces (fausse öronge et panthère), retrouve-t-on le quadruple caractère simultané de blancheur de la volve, du pied, de l'anneau et des feuillets. Conclusion : Relisez l'épigraphe de cet article.

A. MARTIN-CLAUDE.