| Comœdia - 25 avril 1926 |
Ville morte d'Asie
Khara-Khoto livre son secret
Dans de vieux poèmes chinois, depuis longtemps connu des orientalistes, il est fait allusion à une ville mystérieuse de la Mongolie dont l'armée chinoise se serait emparée autrefois, puis qu'elle aurait abandonnée aux sables.
De cette ville, on ne savait que le nom : Khara-Khoto, c'est à dire la Ville morte, ou la Ville noire, ou bien encore la Ville fortifiée - et qu'elle était située quelque part, au sud de la Mongolie, dans les sables du désert de Gobi.
Peut-être aurait-on fini par douter de l'existence de cette cité fantastique, si M. Kozloff, un explorateur que ses voyages à travers la Mongolie et le Thibet ont rendu célèbre en Russie, ne s'était mis en tête de découvrir Khara-Khoto.
Il la chercha pendant douze ans; au cours de ses explorations dans le désert de Gobi, Au commencement de 1909, le hasard conduisit un de ses contemporains devant une ville fortifiée, dont le sable recouvrait à demi les ruines. Tous les indices concordèrent pour identifier ces ruines avec la Ville morte des traditions chinoises et mongoles.
Les résultats des fouilles que Kozloff entreprit sur-le-champ ne furent connus en Russie qu'en 1923. Ils vont être connus en France grâce à une compatriote de Kozloff, Mme Tache, docteur en médecine de la Faculté de Paris, qui va faire éditer prochainement un ouvrage sur Les Explorateurs Russes en Asie Centrale, et prépare une tra duction des Mémoires de Kozloff.
Nous avons écouté avec une sorte de recueillement Mme Tache, qui ayant suivi ces recherches pour ses conférences, nous conté l'histoire des derniers jours de Khara- Khoto: la ville était habitée par une peuplade tangoute du nom de Si-Sia; au début du 13e siècle, son. prince, Kharadziane-dzinne, déclara la guerre à la Chine. Vaincu, il dut se réfugier dans Khara-Khoto, que l'armée chinoise encercla, après avoir détourné les cours d'eau qui alimentaient la ville; c'est en vain que les habitants creusèrent des puits; ils ne trouvèrent que le sable.
Dans le plus profond de ces puits, Kharadziane-dzinne enfouit ses trésors; puis, ayant fait tuer ses femmes et ses enfants, il sortit pour livrer un suprême combat, et fut massacré avec ses derniers fidèles.
Dans les murs de Khara-Khoto, Kozloff retrouva la brèche par où le prince était sorti. Il retrouva l'alignement des rues et des quartiers, des boutiques avec de la vaisselle qui datait de sept siècles. Mais c'est dans les tombeaux de Soubourganes situés aux portes de la ville, qu'on fit les découvertes les plus précieuses: des statues d'idoles, des étoffes, un exemplaire du Livre des Sept Sages et près de deux mille volumes aux reliures admirablement conservées, et rédigées en sept langues: chinoise, persane, mongole, mandchoue, thibétaine, haïgpour, et une langue inconnu qu'un dictionnaire enfoui avec les livres permit d'identifier comme la langue Si-Sia.
Kozloff crut aussi avoir découvert le fameux puits aux trésors; mais au fond de. l'excavation mise à jour, on ne trouva que deux serpents vivants, les esprits des morts, dirent les Mongoles, de l'escorte; et l'on ne chercha pas plus avant.
Simonne Ratel.
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