| L'Humanité - 25 avril 1926 |
Presse prudente et presse malhonnête
Tels journaux qui qualifiaient, naguère encore, les événements de la rue Damrémont «d' agression communiste», de «guet-apens révolutionnaire», et autres aménités de même ordre, reviendraient-ils à une plus saine appréciation des faits Le Matin, pour ne citer que celui-là, intitulait hier son compte rendu du procès La tragique bagarre de la rue Damrémont.
Le Figaro, dont les sympathies politiques vont au fascisme, enregistre néanmoins les redoutables questions posées à Taittinger sur sa garde personnelle et l'armement de ses centuries, dont chaque homme reçoit un bon pour se procurer un revolver.
Les dénégations de Taittinger se heurtèrent au fait indéniable.
« Ce qu'on veut lui faire dire, c'est que ces « centuries» sont armées.
Chaque membre ne reçoit-il pas un questionnaire demandant: « Savez-vous conduire un camion, une auto » Or, c'est cela, dit Me Fournier, qui amène ja. talement les catastrophes. Ne parlez-vous pas, dans vos statuts, de technique militaire qui ne comporterait pas d'armes ?
Non, nous n'avons pas d'armes, réplique M. Taittinger d'une voix vibrante, »
On sait combien victorieusement Mes Fournier et Torrès réduisirent à néant cette affirmation insincère. Et, au surplus, les mesures antifascistes préconisées dans un projet de loi sont à cet égard suffisamment démonstratives, Taittinger et sa bande sont armés comme le sont Valois et sa bande, Daudet et sa bande et tous ceux qui se recommandent des méthodes sauvages de Mussolini.
Le compte rendu de l'Ere Nouvelle est d'une si grande prudence que la partie. civile et les fascistes n'y trouvent sans doute rien à reprendre. Le rédacteur de cette feuille démocratique parle sans trembler des «courageuses interventions» de Me Gautral, avocat, selon le mot de Torrès, de l'avocat général ». Ah! ces démocrates !…
De la part de M. Roger Giron, de l'Avenir profasciste, on ne saurait s'attendre à beaucoup d'indépendance. Il persifle. Il voudrait faire croire que «le fascisme n'existe pas en France» et que les centuries armées de Taittinger sont un mythe. Les provocations fascistes des Binet-Valmer, des Aymard, des Taittinger, des gens de l'A. F., allons donc ! Ça n'existe pas. Quant aux accusés, ils sont, bien entendu, poursuivis pour un «crime de droit commun». L'Eclair, de l'ex-socialiste Buré, se fait complice de l'avocat général. C'est nans l'orare (sic)
Dans le Petit Journal, M. Jacques Lefebvre se fait, lui aussi, l'auxiliaire de Taittinger et de l'avocat général Rateau, II adopte un ton de mélodrame, parle d'auditoire haletant» ( composé des inspecteurs de police et des avocats réactionnaires !).
Le fascisme que nie M. Giron a décidément dans la presse bien des adhérents résolus qui s'ignorent... Entre le Petit Journal et le Nouveau Siècle, la différence est mince.
Le Journal est bien obligé d'enregistrer les très nets démentis infligés par Mme Pontet au brigadier Rousselet qui avait déformé ses propos. Mais il fait semblant de croire que les centuries de Taittinger n'ont pas d'armes. Il passe sous silence la gênante question de Me Torrès sur la «technique militaire» des « centuries patriotes». Il faut que les lecteurs non fascistes du Journal ignorent que les amis de Taittinger sont organisés et armés à l'instar des bandits fascistes du Condottiere Mussolini... Quant au Petit Parisien, il s'efforce, et parvient, à rester objectif-idéal des grands journaux d'information qui tiennent à conserver tous leurs lecteurs. Il n'en faudrait pas inférer, toutefois, que les journaux en apparence neutres le sont véritablement.
Le Quotidien, journal de « gauche », fait preuve en ce moment d'une neutralité peu conforme avec les opinions qu'il affiche. Mais si cette feuille «républicaine» redoute le fascisme, elle ne redoute pas moins le communisme. C'est une feuille «juste milieu», - ni réaction, ni révolution. Prudence des classes nanties. La classe ouvrière, elle, sait mieux réagir contre les provocations fascistes. C'est qu'elle sent plus directement la menace que les mussoliniens font peser sur elle. Mais comment peut-on ne pas s'indigner devant l'hypocrisie d'un Taittinger qui n'ose pas prendre sa responsabililé des armements fascistes, qui répudie même le mot de « fascisme » ! La presse de gauche, ça ?
«Entre Mme Poutet et le brigadier Rousselet, je n'hésite pas. Je connais la conscience du brigadier.» Le rédacteur de l'Oeuvre observe très justement: «Hélas! le brigadier est faillible. Il l'a montré à l'époque de l'assassinat de la petite Barbara, où il fit, en toute conscience, arrêter le co-directeur du Madelon Cinéma qui, quelques jours après devait étre reconnu innocent. »
Ses remarques sont souvent marquées au coin du bon sens le plus sûr, qu'il montre l'avocat Rateau ne résistant jamais à la joie de déclamer une belle formule, au risque d'une maladresse, ou qu'il souligne les traits d'esprit approximatifs de l'élégant Missoffe, lequel estime que sans viser et tirer dans le tas, « Tirer c'est à peu près la même chose. » « Pas tout à fait, cependant, écrit M. Bénard. Et sans doute M. Taittinger met dans l'expression « dans le tas ». une intention qui n'est pas dans « sans viser..
De Bernard Lecache, à l'occasion de la déposition de l'agent Huleux, qui arrêta Bernardon, Bernard Lecache écrit :
nerveux et ramassé, « Celui-ci (Bernardon), se défend simplement, réplique à des faits par des faits, avec un ton de sincérité impressionnant.
« Et la grande voix, la logique de Henri Torrès l'aident, le sauveront peut-être
« Car il a semblé, dans la paix de la salle, et dans certaines paroles de l'avocat général, comme dans l'attention du jury, qu'on apercevait l'approche d'un verdict heureux.
D
Nous pensons bien aussi que le jury parisien saura également libérer Clère.
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