| L'Action Française - 25 avril 1926 |
COUR D'ASSISES DE LA SEINE
Les assassins communistes de la rue Damrémont
SIXIEME AUDIENCE
Vers le châtiment
Toujours les témoins cités par l'accusation.
En premier lieu, M. Jean Varenne, conseiller municipal des Grandes-Carrières, qui fait surtout un petit discours électoral dirigé contre son concurrent, auquel il reproche d'avoir posé sa candidature sur le terrain de la politique. Insinuation prudente qu'il pourrait bien y avoir là une provocation justificatrice de l'événement qu'il déplore tout haut.
Puis on entend, en vertu des pouvoirs discrétionnaires du président, le témoin qui s'est fait connaître vendredi dans une lettre à M Fournier sous le nom de Millerat. Il paraît maintenant qu'il se nomme Momus.
Ce témoin dépose qu'un individu qu'il connaît lui a dit avoir été de ceux qui participèrent à la fusillade de la rue Damrémont. Cet individu aurait ensuite jeté son revolver par terre.
Ce revolver, disent les défenseurs, c'est peut-être celui que Bernardon prétend avoir ramassé au coin de la rue Vincent-Compoint.
- L'avocat général : N'oubliez pas qu'on a ramassé un autre revolver, après l'attentat, près du poste de la rue Belliard. Cette déposition ne prouve donc pas grand'chose. D'autant plus que le témoin ne nous donne pas le nom de l'individu qui lui a fait ces confidences.
- Le témoin : Vous ne voudriez pas que, pour sauver deux innocents, j'aille en livrer un troi- sième ! (Rires.)
- L'avocat général : Le témoin n'a-t-il pas fait partie des organisations communistes ?
Le témoin doit le reconnaître. Il ajoute qu'il les a quittées « pour incompatibilité d'humeur ». (Rires.)
- L'avocat général : Dans ces conditions, je crois que tout le monde sera d'accord pour ne pas retenir la déposition!
M Torrès lui-même avoue qu'il n'y a pas lieu d'y attacher grande importance.
L'agent Huleux
L'agent Huleux, qui procéda à l'arrestation de Bernardon, est amené à la barre. Il dépose avec netteté et pittoresque :
- Je me trouvais avec mon collègue Carbonnel an poste de la rue Belliard quand nous entendimes les détonations. Nous sortîmes et vîmes arriver des individus qui, à notre aspect, firent demi-tour. Les uns refluèrent dans la rue Belliard, les autres traversèrent le terre-plein qui sépare la rue Belliard de la rue Leibniz. Je courus après ces derniers et arrêtai Bernardon en face du n° 106 de la rue du Poteau. Il était tombé par terre, appuyé sur son genou gauche. Il sortit un revolver de la poche droite de son veston et me mit en joue. Je lui ai tordu son fourbi (sic) et l'ai emmené au poste. Là, il a déclaré que c'était moi qui lui avais placé l'arme dans la main. Pensez donc ! (Rires.)
Bernardon proteste, sa petite tête de ser- pent dressée comme pour un sifflement : C'est faux! crie-t-il d'une voix plus élevée que de coutume, en tapant le rebord de bois de son box. La déposition de l'agent est un tissu de contradictions!
Et Me Torres d'accourir à la rescousse en donnant du gosier. Il prétend prouver que l'arrestation a eu lieu rue Leibniz, et non rue du Poteau..
-
- M° Gautrat : Les dires de l'agent sont confirmés par le débitant Pontet. Ils sont confirmés par Bernardon qui a déclaré à l'instruction être allé rue Belliard. D'ailleurs, on n'aperçoit pas bien l'intérêt de la question que vous soulevez!
Me Torres reconnaît que cet intérêt n'est que secondaire. Alors, pourquoi tout ce tintamarre ?
Le gardien de la paix Talandier et M. Savary, mécanicien, entendus ensuite, n'ont assisté à aucune provocation de la part des « Jeunesses patriotes ». Le second de ces témoins, qui n'a échappé que par miracle aux effets de la fusillade en se jetant par terre, n'a vu aucune bagarre à l'angle de la rue Vincent-Compoint. Nouveau démenti à la version donnée par Bernardon.
Aussitôt, automatiquement, soulevé par défense sans raison avouable. Le gros Berthon brandit des articles de journaux, un texte de M. Camille Aymard. Il vocifère et met alors en cause Maurras à propos de sa lettre à Schrameck.
- On ne poursuit pas Maurras qui a provoqué au meurtre! On nie le péril fasciste ! On ne défend pas la République !
L'avocat général : Et le péril communiste ? Prenez garde, M Berthon! J'ai bien peur qu'un jour les hommes que vous défendez aujourd'hui ne vous tirent à leur tour dans le dos! (Bruit).
La préméditation du crime Le témoignage de Mme Clare, concierge de Bernardon, passage Montgallet, établit la préparation du guet-apens.
Le matin du 23 avril, un jeune homme s'est présenté au domicile de Bernardon pour lui remettre une lettre. Il l'a portée lui-même à l'étage, Mme Clare ayant refusé de faire la commission. En rédescendant, le jeune homme dit et le témoignage de la concierge est confirmé par son gendre, M. Bonnabaud - qu'il avait trouvé Bernardon chez lui.
Bernardon nie contre toute évidence la visite et la lettre. Il nie, d'un ton rageur, avec un frémissement de petit carnassier pris au piège. Qu'est-ce à dire ? S'il ne s'agissait que d'une démarche sans importance, pourquoi ne la reconnaîtrait-il pas ? Mais le jeune homme inconnu apportait sans doute une convocation se rapportant aux attentats qui eurent lieu dans la soirée.
Ce qui confirme cette supposition, c'est que, le 2 mai suivant, Mme Clare recevait une lettre de menaces signée «La Jeunesse communiste» dans le cas où elle ne reviendrait pas sur ses déclarations.. Propos de concierge ! s'écrie dédaigneusement M Berthon, à propos de la déposition de Mme Clare.
Le ton de mépris de ces démagogues pour une femme du peuple est quelque chose d'admirable! M Gautrat le souligne avec à-propos, tandis que Bernardon jette des regards haineux sur le témoin.
L'avocat général. Expliquez donc, Bernardon, pourquoi vous vous trouviez ce soir-là rue Championnet? Vous n'êtes pas électeur du quartier. Qu'alliez-vous faire aux Grandes-Carrières ?
Aucune réponse satisfaisante. Bernar- don attendait, avec les autres assassins, le moment propice afin de remplir la tâche abominable pour laquelle il était venu.
M. Edouard Helsey
Voici le tour de Clerc, maintenant. Notre confrère Edouard Helsey s'était rendu à la réunion de M. Sabatier, qui est son ami. A un certain moment, pendant les discours, M. Helsey vit Clerc, dans la salle, se frayant un passage, en tenant un revolver au bout de son poing tendu. Il signala aussitôt le fait à la police, mais en vain. Quand il revint, Clerc avait disparu dans la foule.
Clerc nie effrontément, et ses avocats le soutiennent avec une égale impudence. M. Helsey répète et précise sa déposition:
- Je n'ai pas inventé de toutes pièces ce que je rapporte. Je vous ai reconnu, Clerc, et je vous reconnais parfaitement aujourd'hui. Vous arriviez en ayant l'air de dire: « Laissez-moi passer! » Peut-être ne vouliez-vous vraiment menacer personne à ce moment et le revolver ne devait-il servir qu'à vous faire reconnaître par certains. Je ne sais. Ce qui est hors de toute discussion, c'est le fait matériel du revolver que vous aviez en main.
L'assassin Clerc persiste à dire qu'il était venu seulement pour appuyer la contradiction.
- L'avocat général. S'il en était ainsi, si tel était votre but, pourquoi avez-vous quitté la salle?
Le misérable hésite un moment, puis il répond:
- L'atmosphère était étouffante. Je voulais, prendre l'air! (Exclamations). L'avocat Fournier, l'homme aux gaffes, juge opportun d'intervenir. S'adressant à M. Helsey, l'innocent s'écrie:
--Vous n'avez vu que ce qu'il n'y avait pas (sic) Vous avez eu une vision (Hilarité). Rendre le succès obtenu, dans la salle, par cette trouvaille est absolument impossible. On se tient les côtes. Infatigable dans la diversion et l'effronterie,
M Berthon suspecte maintenant la sincérité du témoin. Il a écrit une brochure, Sommes-nous en révolution? dans laquelle il ne dissimule pas le peu de goût qu'il a pour le bolchevisme. Donc, partisan! Donc, témoin suspect ! Ceci est une autre question. J'ai vu le bolchevisme à l'œuvre en Italie. Dites-vous
M. Helsey : bien que ce sont vos amis. M. Berthon, qui ont préparé l'avènement de M. Mussolini! Dites tout ce que vous voulez, mais ne dites pas que, le 23 avril au soir, à la réunion Sabatier, je n'ai pas vu Clerc le revolver à la main. Je l'ai vu, comme je vous voie en ce moment !
Le témoin suivant, M. Collongy, est un gros homme dont le métier consiste à fréquenter les réunions électorales et dont le rôle fut énigmatique. Le 23 avril au soir, il assistait, dans le quartier voisin. le quartier Clignancourt, à une réunion donnée par M. Jonas. Il monte à la tribune et dit aux communistes qu'au dehors «on maltraitait leurs frères». Un certain nombre de communistes quittèrent effectivement la réunion Jonas, vers 10 h. 30, et se dirigèrent vers le préau où avait lieu la réunion Sabatier. Le gros homme assure qu'il n'est pas un agent provocateur. Son cas serait alors celui d'un grotesque. Après M. Fred Bernard, venu confirmer l'incident de la réunion Jonas, on entend M. Raoul Sabatier.
La réunion qu'il donna, rue Championnet, avait pour but de lui permettre d'exposer son programme électoral. Lui et M. Taittinger ne parlèrent pour ainsi dire pas de politique. La réunion fut très calme Mme Maranne, candidate communiste, put se faire entendre. Mais le discours d'un autre communiste, nommé Chassaigne, d'une violence inouïe, fut un véritable appel au meurtre. Un guet-apens était certainement organisé pour le moment où les, organisateurs devaient quitter la salle. Si l'heure du massacre a été avancée, c'est que les communistes placés embuscade ont vu arriver la colonne des Jeunesses patriotes venant du Cirque de Paris.
A. MANOUVRIEZ.
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