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La Dépêche - 25 avril 1926


La Dépêche 1926 04 25 La dette française : On attend une réponse de Washington

ON ATTEND TOUJOURS des nouvelles précises de Washington

Paris, 24 avril, On continue à envoyer beaucoup de dépêches de Washington, mais elles n'apportent point de fait nouveau, c'est-à-dire que sur la formule destinée à remplacer la clause de sauvegarde, on ne nous communique rien de précis. On nous laisse entendre que notre ambassadeur, M. Henry Bérenger, travaille à obtenir des Américains, à défaut de cette clause de sauvegarde, une lettre qui serait annexée à l'accord et qui spécifierait que nos engagements sont susceptibles de révision au cas où notre situation financière ou bien les créances que nous possédons sur d'autres nations viendraient à diminuer.
Remarquons qu'il ne s'agit là que d'un projet et que nous n'en connaissons ni la teneur exacte ni l'importance réelle. Notre ambassadeur à Washington, stimulé par notre gouvernement, lequel a été impressionné par l'inquiétude qui règne dans les milieux parlementaires, s'efforce de trouver quelque chose pour calmer ces craintes.
Certaines informations disent encore que le projet d'accord pourrait contenir une «clause de transfert». Celle-ci jouerait de telle sorte que si la France ne pouvait payer deux des annuités prévues, ces annuités seraient reportées sur les deux années suivantes auxquelles elles s'ajouteraient avec en plus un intérêt de 4 1/4 %. Cette combinaison est également hypothétique et nous demeurons toujours dans le domaine des simples propositions.
Les Américains, nous dit-on afin de nous porter à l'optimisme, sont des gens qui ne s'embarrassent point de vaines formules. Ils regardent les réalités avant tout. Si la France n'est point capable à un moment donné de faire face à ses obligations, ils comprendront ses difficultés et s'arrangeront toujours pour l'aider à franchir un mauvais pas.

«Cela va de soi!» affirment les théoriciens de l'abandon de la clause de garantie. Quelques uns proclament même que c'est faire injure aux Etats-Unis qui nous ont loyalement aidés dans la guerre de douter un seul instant de la générosité de nos ex-associés. Ils ajoutent qu'une fois un projet de consolidation signé, nous obtiendrons de Wall-Street tous les crédits que nous voudrons.
Ces beaux raisonnements ne nous empêcheront pas d'estimer qu'avant de se lier pour un demi-siècle sans certaines garanties, les Français ont le devoir pressant d'y regarder à deux fois.
Nous avons vu les partis politiques américains subir des évolutions considérables. Nous savons que trop souvent les hommes de finance défendent leurs intérêts sans le moindre sentimentalisme. Nous n'ignorons pas davantage que les bons comptes font les bons amis; mais ces comptes doivent être établis de telle sorte que la fantaisie ou l'égoïsme d'un bon ami ne puisse s'exercer contre l'autre ami dans une période difficile.
Pour parler net, ce que nous désirons, c'est qu'au moment des crises que nous subirons encore fatalement, les Etats-Unis ne soient pas tentés d'exercer sur nous des pressions qui nous enlèveraient notre indépendance économique. La collaboration financière américaine ne doit pas se traduire par une mainmise progressive sur les affaires de la France. On peut être gêné et demander de l'aide à plus riche que soi. Cela arrive dans les meilleures entreprises. Mais les obligations contractées ne doivent point aller jusqu'à admettre une tutelle, et le mécanisme fondamental de la vie d'une nation ne saurait être livré au contrôle du prêteur. Des garanties réciproques : oui ! Un système sans autre frein que le libéralisme supposé du plus favorisé de la fortune, voilà ce qui choque à la fois le sens commun et le sentiment. d'indépendance des gens de chez nous.
Le gouvernement a le devoir de lutter jusqu'au bout pour faire respecter ces règles et de s'assurer que notre diplomatie défend ces principes de justice avec toute la vigueur désirable à Washington. Et le Parlement, à son tour, aura à se prononcer en toute connaissance de cause sur la portée des engagements qui seront soumis à son approbation.

Francis DORTET.


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