Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Oeuvre 12 juillet 1923 (art. page cinq)


POURQUOI IL FAUT ÊTRE FÉMINISTE

Ne croyez pas que j'aie l'intention de reprendre la thèse soutenue par titre directeur, M.-Guslave Téry ; je veux tout simplement vous démontrer que les fruits défendus ne sont pas seulement les enfants que la loi repousse au nom de la morale, mais bien tous les enfants, naturels ou surnaturels, pardon ! légitimes out illégitimes. Depuis que là guerre à cessé, sans que pour cela la paix soit établie, on ne parle que de repopulation et l'on se plaint amèrement que le nombre des naissances aille constamment en décroissant. Évidemment c'est. aux femmes que revient uniquement la responsabilité de cette situation déplorable, chacun sait que les hommes ne sont pour rien dans la crise de dépopulation qui sévit un peu partout, mais en France plus qu'ailleurs ! Cependant, quelques-uns de nos lecteurs et lectrices ne sont pas tout à fait de cet avis et ils me prient de le faire savoir.

Les femmes ne veulent plus d’enfants, répète-t-on constamment, alors qu'il serait beaucoup plus juste de dire : les Français ne veulent plus d'enfants. Entendez cela dans le sens le plus large. Je n'ai pas besoin de rappeler le désir des propriétaires de ne voir leurs maisons habitées que par des ménages stériles — cela n'es pas nouveau, du reste ; mais voici maintenant que certains patrons montrent le même phobie et n'hésitent pas à renvoyer les femmes enceintes qui se trouvent dans leur personnel.
A ce sujet, on me signale un fait qui s'est produit chez un auxiliaire de la justice, et cela est absolument inadmissible. Tous ceux qui jouissent légalement d'une situation privilégiée devraient comprendre qu'il leur est interdit, plus qu'à tout autre, de ne pas remplir ce devoir social qu'est la protection de la maternité. Puisque la loi oblige la future mère à conserver un fardeau souvent bien lourd, au moins serait-il équitable, en compensation, de lui accorder quelque garantie.

Une lettre émanant d'un fonctionnaire montre que M, Ubureau n'est pas toujours un rond de cuir aussi indifférent qu’ignorant, Un homme a pensé à la misère des mères abandonnées. Les réformés de la guerre touchent, en sus de leur pension, une allocation pour leurs enfants. Or, lorsque le mari et la femme sont séparés, en instance de divorce ou divorcés, c'est l'homme qui continue toujours à recevoir ce qui lui est remis pour sa famille, mème s'il oublie de verser là pension alimentaire qu'il doit judiciairement. Des magistrats, soucieux d'assurer la vie de pauvres petits, ont donné à la mère le droit de toucher directement l'allocation supplémentaire accordée par l'Etat ; malheureusement, celle mesure n'étant pas strictement légale reste sans effet. La part des enfants ne peut être remise à un tuteur, du vivant du père, que si ce dernier à été déchu e la puissance paternelle. Il est bien évident que le droit de garde conféré par le tribunal à l’un des époux séparés ou divorcés n'équivaut pas pour l'autre à une déchéance, de sorte que l'administration se trouve, pour respecter la loi, dans l'obligation de ne pas exécuter une décision de justice.

Que faire à cela ? Mon correspondant indique le remède, après avoir signalé le mal. Il déclare qu'il suffirait d'un texte de trois lignes, volé par le Parlement, pour rendre exécutoires ordonnances et jugements rédigés selon la plus stricte équité. Assurément, mais ceux de nos parlementaires qui crient le plus fort en faveur de la repopulation sont bien trop occupés à propager l'idée du vote familial pour s'intéresser à une question de si minime importance. Espérons toutefois que nous trouverons à la Chambre où au Sénat un de nos amis féministes qui voudra bien se charger de déposer une proposition, laquelle devrait être votée rapidement et sans débats, à moins que nos adversaires opposent au droit de l'enfant le droit du père.

Faut-il donc s'étonner que des jeunes filles sérieuses, honnêtes, laborieuses, hésitent devant les risques du mariage. Si elles ne voulaient pas d'enfant, elles accepteraient plus facilement l'aléa, se disant qu'une femme seule qui à l'habitude du travail parvient toujours à se tirer d'affaire ; mais c’est parce qu'elles désirent fonder une famille que se dresse devant elles un horrible et angoissant point d’interrogation. Que devenir si l'on perd son emploi au moment où l'on à le plus besoin d'argent ? Que devenir si le mari, las d'une vie rendu difficile par la naissance de plusieurs marmots, s'en va vers d'autres amours plus joyeuses ? Que devenir si le père laisse à la mère seule la charge de nourrir et d'élever les petits ? A qui se plaindre ? Où trouver un appui ? puisque la loi est faite par l'homme et pour l'homme.

Hélas ! hélas ! trop de femmes, aujourd'hui, peinent, souffrent et pleurent, pour que les jeunes filles ne se disent pas que, malgré discours, brochures et distribution de prix de vertu, l'enfant est pour beaucoup un fruit défendu, puisqu'il ne peut plus être, la plupart du temps, qu'un objet de luxe.

Maria Vérone, Présidente de la Ligue Française pour le Droit des Femmes.

CARNET D'UNE FÉMINISTE
Les deux morales

Deux jeunes filles ont été le même jour, cette semaine, attaquées sur une route par un satyre. À la lecture de ce fait-divers s’évoque la multitude des victimes passées et présentes du mème forfait, et l'on se demande ce que la civilisation à fait pour en garantir la femme.
La réponse est longue : c'est toute l'histoire des mœurs, celle du harem, du cloitre, de la chevalerie, de la galanterie quintessenciée et... de la traite des blanches. On a, d'une part, tantôt mis à l'abri entre des murs, tantôt entouré do défenses idéales la pureté féminine ; d'autre part, consacré, en dédommagement, un lot de femmes à l'impureté autorisée des hommes. L'opinion courante, encore aujourd’hui, soutient cotte étrange contradiction que, pour apprendre aux hommes le respect de la femme, il faut leur offrir certaines femmes, comme une marchandise. Quoi d'étonnant que leurs instincts si bien cultivés s'exaspèrent et s'égarent souvent parmi les chasses réservées. C'est comme si, pour assurer le respect de la propriété, on abandonnait exprès quelques propriétés au pillage, afin que les pauvres gens affolés de convoitises y trouvent un exutoire à leurs accès. Gribouille ainsi se jetait à l'eau pour éviter que la pluie le mouille.

Si ce sophisme n'engendrait que des violences en somme exceptionnelles, ce serait trop, beaucoup trop. Mais il fait pire, il empoisonne toute la vie des peuples. Les licences accordées à la moitié des êtres entrainent fatalement à la longue une dégénérescence générale. Si l'on veut enrayer la débâcle actuelle, il est temps d'inviter l'homme à venir au secours des femmes, très longtemps laissées seules gardiennes de la morale.
Et je vois avec joie que l'idée d'ordonner la chasteté aux jeunes gens comme aux jeunes filles fait son chemin puisque elle est venue d'elle-même à des lecteurs qui m'écrivent à ce sujet. On ne sait pas assez que, depuis plus de vingt ans, le Conseil National des Femmes fait campagne en France pour ce que l'on appelle: « l'unité de la morale » que ce principe est, en outre, à la base des luttes contre la réglementation de la prostitution ; et qu'il a donné naissance au projet d'introduire dans l'éducation cet « enseignement biologique » qui informera la jeunesse de ses responsabilités quant à la transmission de la vie. C'est un député féministe, M. Justin Godart qui, étant ministre, ne craignait point d'écrire dans une instruction à des soldats : « Il n'y a que les imbéciles pour trouver la chasteté ridicule. » —

JANE MISME

AzA L Oeuvre 05 le féminisme 5