| L'Oeuvre 27 juillet 1923 (art. page une) |
![]() |
|
L'âge des pourboires Un de nos lecteurs nous écrit : « Monsieur, « Dans le petit village des environs de Paris où j'habite actuellement, le ramasseur d’ordures ménagères passe le dimanche, mais, comme son tombereau est trop petit et qu'il ne veut pas faire deux voyages, il ne ramasse les ordures que des seuls contribuables qui lui donnent des pourboires. Je lui ai donné dix sous la première fois ; sans doute a-t-il trouvé que ce n’était pas suffisant, car depuis un mois je ne l’ai pas revu... » Notre lecteur continue en nous posant la question suivante : « Puisque je. paie la taxe pour l’enlèvement des ordures, dois-je un pourboire à l’enleveur ? » Évidemment non! Mais ce brave lecteur qui parle de son bon droit me fait un peu rire. Il n’y a plus que le système D qui compte. À chaque instant, on peut en avoir des preuves nouvelles ; ceux qui voyagent, par exemple ; doivent compter vingt-cinq pour cent de pourboires s’ils veulent que leurs bagages soient enregistrés sans qu’ils attendent s'ils veulent retenir leurs places sans faire la queue, s'ils veulent avoir un coin, voyager en avant, avoir une place au premier service du wagon-restaurant, une couchette, s'ils passent la nuit dans le train; bien entendu, ils paient le tarif, mais l’employé veut prélever sa dîme. Le boueux de mon lecteur se fiche pas mal des taxes communales, il veut faire son dimanche. Mais j’ai vu mieux : un gardien de cimetière à qui je demandais un renseignement insignifiant m'a tendu la main le plus naturellement du monde. Il n’y a que les plus honteux qui perdent : vous-et moi, à qui, lorsque nous étions jeunes, des parents trop fiers n’ont pas voulu apprendre à mendier. — D. |







































































