| Le Grand Écho du Nord 27 juillet 1923 (art. page une) |
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LA MISSION CANADIENNE Cette visite aux industriels du grand centre textile va coopérer au développement de nos relations commerciales avec le pays ami. Après avoir, mardi, visité les industries des régions de Lille et d'Armentières, nos frères Canadiens se rendirent compte « de visu », mercredi, des richesses industrielles de la région de Roubaix-Tourcoing. Mardi fut la journée de la toile et du coton ; mercredi, celle de la laine. Les membres de la Mission canadienne emporteront ainsi un souvenir exact, une image complète de ce qu'est la Reconstitution du Nord de la France et des richesses de notre région. A la Chambre de Commerce de Roubaix Il est 9h 25, lorsque la délégation arrive à la Chambre de commerce de Roubaïx. Elle y est reçue par M. Dillies, vice-président, entouré de MM. Georges Motte, Wibaut, Rasson, etc. «Soyez les bienvenus chez nous, dit-il, c'est ici une cité de labeur. Vous visiterez notre ville et j'espère que vous emporterez une bonne impression de notre ville et de son industrie.» M. Bouchard, député, excuse le sénateur Beaubien, retenu à Lille. Il fait l'éloge de la race française et de 1a race canadienne qui en est issue. Le but du voyage des Canadiens en France est un but de travail. Il s'agit de nouer des relations économiques entre deux peuples frères faits pour s’entendre. «Nous venons parler d’affaires, défendre nos intérêts mutuels, pour la prospérité de nos deux pays.» A son tour, le colonel Barret remercie de l'accueil chaleureux qui est fait aux Canadiens en France et insiste sur la nécessité de nouer des relations économiques plus suivies. «Il y a urgence d'organiser un front unique pour résister à la guerre économique que l'Allemagne veut continuer. La France trouverait utilement au Canada tous les matériaux nécessaires à la marche de son industrie. La Chambre de Commerce de Roubaix étudiera ces graves problèmes». «Les désirs que vous manifestez, sont les nôtres, avec vous nous travaillerons». A travers la ville On se rend d'abord au peignage Alfred Motte fils. C'est un superbe établissement. La délégation y est reçue par M. Eugène Motte fils. La visite commence par les salles de triage, où est emmagasinée la laine brute venant de La Plata et de l'Australie. Quotidiennement la laine de trente mille moutons est travaillée. Les salles de lavage, de carde, de peignage, où la laine courte est séparée de la laine longue, sont ensuite parcourues. Cet immense établissement occupe 2.000 ouvriers. Ses installations firent l'admiration des visiteurs. On se dirige ensuite vers le tissage d'ameublement Vanoutryve, boulevard d'Armentières, MM. Félix Vanoutryve et Ed. Rasson, son associé, très aimablement servent de guides aux membres de la délégation. Cet établissement est un modèle du genre. On y fabrique toutes sortes de tissus d'ameublement, depuis les plus ordinaires jusqu'aux plus luxueux. Le banquet du Cercle de l’industrie Le banquet officiel offert par les Chambres de Commence réunies de Roubaix et de Tourcoing eut lieu à midi et demi, au Cercle de l'Industrie. Il fut présidé par M. J. Dillies, vice-président de la Chambre de Commerce de Roubaix, ayant M. le sénateur Beaubien à sa droite ; M. Lorthiois, président de la Chambre de Commerce de Tourcoing, à sa gauche. Parmi les personnes présentes, citons MM. E. Mathon, A. Buisson, H. Dervaux, trésorier de la Chambre de Commerce de Tourcoing ; colonel Barret, Ed. Rasson, Laglenne, Marécaux, J. Tarte, Fernand Motte, Desurmont, H. Laureys, Georges Motte, Desilets, Jos. Wibaux, Parizeau, G. Duvillier, Ami, Heiser, Ed, Masurel, J. Leclercq, Eug. Duthoït, J. Wilbois, Clouthier, Valentin, président du Tribunal de Commerce ; Bruchesi, Dufour, R, Flips, capitaine Delest, Faulkner, vice-consul britannique, A. Masquelier, Hébert, Bufquin, directeur de la succursale de la Banque de France, etc. Au dessert, des toasts chaleureux furent prononcés. M. J. Dillies, au rom de la Chambre de Commerce de Roubaix, salue les délégués de le grande nation qui s'illustra à nos côtés pendant la guerre. «Vous êtes venus nous montrer le produit de vos activités économique. Dans l'avenir, nous voulons commercer avec vous, davantage encore que par le passé. Un champ d'action très vaste s'ouvre pour nos deux peuples. Nous travaillerons activement ensemble à notre prospérité commune, l'accord commercial franco-canadien qui vient d'être signé nous aidera à intensifier les transactions communes, Roubaix a souffert de la guerre, ses industries ont été ravagées. Cela dans le but de favoriser l’industrie allemande. Nous nous sommes relevés pourtant, Mais il faut que l'Allemagne nous paie tout ce qu'elle doit. Je lève mon verre au Canada, à l'ami de toujours, au succès de l'exposition de ses produits, à nos bonnes relations.» M. Pierre Lestienne, vice-président de la plus Grande Famille, célèbre les vertus de la famille canadienne. M. Desulets salue à son tour la Famille française, toujours belle et prospère. Le nœud principal, la solution des problèmes sociaux réside dans la grande famille. Le Nord de la France s'honore particulièrement sur ce point. «Vous avez accompli ici cette œuvre nécessaire, vous devez en être hautement loués. N'oubliez pas que, plus vous aurez de grandes familles, plus vous serez riches. C'est l'histoire du Canada, ce sera la vôtre, car un pays se développe en raison de son intelligence et du nombre de ses bras.» Pensez à la Nouvelle-France M. le sénateur Beaubien s'associe aux paroles qui viennent d’être prononcées. Il ajoute : «-Le même sang français coule dans nos veines. Nous sommes des fils de même race, et c'est pourquoi nous, avons combattu le barbare côte à côte. Nous buvons encore à la même coupe de civilisation. Vous êtes à l'apogée de votre histoire, nous commençons 1a notre. Nous nous soutiendrons réciproquement dans la grande lutte économique. C'est votre .intérêt plus encore peut-être que le nôtre, car, dans l'avenir, nos ressources seront immenses et vous en profiterez. N'ignorez donc plus les ports canadiens, venez vous approvisionner chez un pays ami, vous vous en trouverez bien. Apprenez enfin ce qu'est le Canada et ce qu’il peut pour vous, avec ses immenses ressources en matières premières. Achetez chez nous le nickel et l'amiante, au lieu de les acheter chez des peuples ennemis, comme avant-guerre. Regardez désormais de notre côté. Voyez notre train-exposition, regardez ce que nous produisons et, quand vous devrez sortir de France pour acheter ce dont vous avez besoin, pensez à la Nouvelle France » M. Joseph Wibaux, président de la Fédération commerciale de Roubaix-Tourcoing, s'étant déclaré partisan du développement des relations commerciales avec le Canada, le banquet du Cercle de l'Industrie prit fin en toute cordialité. On visite Tourcoing À seize heures, les délégués canadiens arrivaient à Tourcoing et visitaient d'abord les bureaux et magasine du «Conditionnement». On sait que cette institution a pour but de vérifier le degré d'humidité des marchandises brutes, de façon à ce qu'il n'y ait pas tromperie sur lâ qualité de la marchandise livrée. L'institution du Conditionnement existe depuis 1863, les bâtiments actuels depuis 1890. La bonneterie Desurmont reçut également, mercredi, les membres de la délégation. Cette fabrique est une des plus vastes de ce genre. Un personnel de 2.000 ouvriers et ouvrières est employé. De la terrasse supérieure de l'établissement, on jouit au surplus, à cinquante mètres de hauteur, d'un panorama magnifique et de la surprise de constater une vaste piscine installée à cet endroit. À la Chambre de Commerce M. Lorthiois, président, entouré de la plupart des membres de la Chambre de Commerce, souhaita la bienvenue aux Canadiens dans les termes suivants : « Soyez les bien cordialement accueillis dans cette ville de Tourcoing, où vous ne comptez que des amis. Nous, qui avons pendant quatre ans subi le joug d'un barbare envahisseur, nous gardons au cœur une profonde reconnaissance pour tous les valeureux soldats qui ont combattu pour notre délivrance. Les liens séculaires qui nous unissent ne se sont jamais relâchés. Les descendants de Jacques Cartier et de Champlain ont gardé la mémoire de notre douce France. Ne pensez-vous donc pas que cette fraternité d'origine, consolidée par la fraternité des armes, peut et doit s'exercer aussi sur le terrain économique ? Vous avez pris la très louable initiative de faire connaître, par un moyen très ingénieux, les richesses de votre sol, les inépuisables ressources de la flore et de la faune canadiennes. Mais, en parcourant nos contrées, la terre de vos ancêtres pour quelques-uns d’entre vous, vous avez dû vous rendre compte comment le travail de nos ouvriers, intelligemment conduit, sait engendrer des produits capables de rivaliser avec tous ceux des nations concurrentes. Pourquoi n'échangeriez-vous pas vos fourrures. vos bois, vos fruits contre nos fines étoffes, nos soieries, nos tapis, nos tentures, nos fils, nos peignés ? Votre Gouvernement nous a fait une place un peu privilégiée dans son régime douanier, pouvons-nous espérer que vous tous, Messieurs, qui avez- appris à nous mieux connaître, vous nous aiderez à en profiter. De ce rapprochement heureux de ce contact sympathique, permettez-moi d'augurer des relations d’affaires fructueuses et suivies entre nos deux pays. Nous garderons, quant à nous, Le plus agréable souvenir de votre visite à la Chambre de Commerce de Tourcoing. Nos annales enregistreront les noms des Honorables représentants du Canada, qui nous ont grandement honoré en passant quelques heures parmi nous. Nous vous en remercions tous, Messieurs, en la personne de votre distingué président, M. le sénateur G.-P. Beaubien, à qui je me permets d'offrir un exemplaire de notre jeton de présence. En terminant, je forme les vœux les plus pt pour la prospérité du Dominion du Canada. » M. le colonel Barret dit son étonnement de constater l'ampleur de la production industrielle dans le Nord de la France. Les Canadiens en garderont le souvenir, de même que de l'accueil chaleureux qui leur fut fait. Sur toutes ces choses, un rapport sera établi, il aidera à intensifier les relations entre les deux pays. M. Morand, secrétaire général de l'« Alliance française », remercie les membres de la Chambre de Commerce de Tourcoing de l'accueil qui est fait par elle aux idées de l'accord franco-canadien. Il glorifie le Canada d'avoir su garder la tradition de la plus pure langue française et se félicite des traités nouveaux récemment établis entre les deux pays. Les délégués canadiens signent sur le livre d'or de la Chambre de Commerce, et la réception se termine après les vins d'honneur. A 15 heures, la délégation était de retour à Lille. |







































































