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Excelsior 22 juillet 1923 (art. page deux)


LA CRISE CRIMINELLE

Les philosophes oisifs se sont mis à discuter, depuis quelque temps, sur l’augmentation singulière de la criminalité après la dernière guerre, comme s’il n’en avait pas toujours été ainsi au lendemain de toutes les grandes crises mondiales, et comme si nous avions le privilège de cet état morbide. Des moralistes d'occasion ont assez longuement disserté sur la corruption des mœurs de la jeunesse après le procès du conseil de guerre d'Orléans, qui, la semaine dernière, a condamné trois jeunes coquins qui avaient à demi assommé un officier dans un train.

C’est un phénomène d’immoralité dont nous n'avons heureusement pas le privilège et que nous trouvons chez tous les autres peuples ; sans doute, comme dit le proverbe, le mal du voisin ne guérit pas le nôtre ; mais, enfin, c'est une consolation tout de même. Précisément, le dernier numéro de la Revue mondiale contient une étude documentée de M. George Nestler Tricoche sur la vague de crime aux États-Unis, qui nous apporte de curieux renseignements.

N'oublions pas que les États-Unis n’ont été dans la guerre active que pendant deux ans, et, cependant, les crimes ont augmenté là-bas dans des proportions qui dépassent tout ce que nous avons à subir en Europe, et en France en particulier. . Les assassinats ont atteint 10,000 en un an; il n’y en a eu que 9 à Londres; à New-York 226, et 3,360 à Chicago. Quant aux vols, ils sont innombrables, non seulement en chemin de fer, comme nous en avons vu quelques-uns chez nous, mais même dans les tramways dans tous les faubourgs des grandes villes. M. Tricoche nous signale un genre de banditisme que nous n'avons pas revu depuis les exploits de la bande à Bonnot. De l’autre côté de l'Atlantique, c’est journellement que l’on voit des bandits entrer en plein jour dans les banques, et, tandis que les uns empêchent les clients de sortir, les autres obligent, le révolver au poing, les employés à leur livrer l’argent des coffres. .

Là-bas, comme chez nous, les criminels se recrutent surtout parmi les jeunes gens de quinze à vingt ans. Une statistique officielle constate que, pour la seule année 1922, les pertes résultant de vols ordinaires où avec effraction se montent à 525 millions de dollars. Passons sur les 250 millions de dollars perdus par suite des banqueroutes ou d’escroqueries des chevaliers d'industrie qui pullulent là-bas. Les fonctionnaires fournissent aussi leur contingent de vols, évalués à 200 millions de dollars. Pour tout résumer, les méfaits des coquins de toute catégorie ont fait perdre un ensemble de 16 milliards de francs en un an. Quant aux vols d'automobiles, qui sont rares chez nous, ils sont d’usage courant là-bas; à New-York seulement on en a volé 6,808 en douze mois, soit 28 par jour.

Nous pourrions continuer la comparaison, elle est tout de même à l'avantage de la pauvre vieille France, tant calomniée. Les Américains ont, à coup sûr, beaucoup de qualités, mais dans le mal comme dans le bien ils apportent cette particularité de tout faire en grand et par série. Sans étaler un orgueil qui serait hors de saison, nous pouvons dire tout de même que, malgré notre habitude de nous décrier, nous ne valons pas moins que les autres peuples. Sur beaucoup de points, nous valons même mieux.

JEAN-BERNARD

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