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Tout un groupe de joueurs et de curieux attendent ici l'inauguration du golf d'Ormesson, qui eut lieu sous la Présidence de S. E. l'Ambassadeur des Etats-Unis.
LE GOLF D'ORMESSON
Si, à notre époque, les femmes se conservent aussi souples et aussi alertes, même à un âge relativement avancé, ce qui n'est pas un cas aussi rare que du temps de la belle Ninon, - il faut en attribuer la cause au développement de plus en plus important des sports. Le golf doit être placé en premier lieu à cause de son jeu logique, ration- nel, propre à maintenir, en dehors de la souplesse, une réelle élégance du corps. Voyez-les toutes, celles qui sont passionnées pour ce jeu : elles savent marcher, tenir leurs bras, leur tête, toutes leurs attitudes étant perfection- nées malgré elles du simple fait qu'elles ont tenu durant des heures leur" club " en main, qu'elles ont marché d'un pas cadencé, posé, raisonné. L'air pur des links immenses emplit leurs poumons, et communique à leur visage ce rien de fard naturel si joli et si peu comparable à tous les rouges dégradés des petits échantillons de par- fumeries. Depuis un nombre d'années respec- tables, toutes les femmes que nous con- naissons font du golf. Nous pourrions dire que c'est là la principale occupa- tion de leur journée ; tout est subordon- né à ces heures de sport bienfaisant auquel elles se livrent par tous les temps. Si vous téléphonez à une amie le matin, elle vous répondra qu'elle ne peut venir en ville qu'à partir d'une certaine heure, et encore à condition que ce ne soit pas à une réunion habillée qu'elle vous rencontre parce que, dit-elle, elle re- viendra juste à temps du golf. Quand vous retrouvez une amie après quelques semaines de séparation, si vous lui demandez comment il se fait qu'elle ait si bonne mine, en pleine saison, alors qu'elle devrait être pâle et avoir les traits tirés, elle vous répond encore: "Ma chère amie, le golf, rien que le golf! Si je n'en faisais pas, je serais incapable de veiller comme je le fais et je m'alourdirais de plus en plus ". Quand vous parlez de déplacements d'été, la première chose qu'une femme vous demande, c'est : " Y a-t-il un golf non loin de là, parce qu'il m'est impossible de me passer de jouer ". Non seulement nous pouvons attri- buer au sport du golf cette améliora- tion physique et aisée à constater chez toutes les femmes de notre époque, mais de plus, allant plus loin, nous dirons que ce sport a sur le moral une influence incontestable; c'est cet en- traînement qui rend les femmes aptes à supporter cette existence qu'on pour- rait dénommer "affolante " qu'elles manifestent l'ombre de nervo- sité, d'impatience; elles sont toujours souriantes, elles sont presque douces, et cela se conçoit en raisonnant un sans peu. Quand ce sport n'existait pas et que l'on partait en vacances, au mois d'août, après une saison particulière- ment mouvementée et fatigante, tout le monde était à bout de nerfs ; l'at- mosphère surchauffée des salons que l'on ne quittait que pour aller de l'un à l'autre, les nuits entières passées au bal et les matinées prolongées dans une chambre aux rideaux clos, ne laissaient plus de place à l'aération nécessaire à nos poumons, le repos d'esprit qu'amène infailliblement le calme des grands horizons. Le golf a changé tout cela : qu'importe que nous passions des nuits de fatigue, que nous ayons le matin des essayages, des réunions mondaines à la fin de la journée, si tout cela alterne avec des heures entières passées au grand air, devant ces horizons infinis que nous retrouvons dans chaque golf, quel qu'il soit. Le verre de soda dégusté après une partie passionnante, étendue dans un rocking-chair sur la terrasse d'un de ces clubs, nous tient bien loin des bruits de la ville, des trompes d'autos, des papotages féminins. C'est le calme, l'air pur et le silence. Or, ce moment bienfaisant n'apparaît pas dans notre existence seulement tous les quinze jours ou tous les mois, c'est bel et bien tous les jours qu'avec la petite voiture que nous conduisons nous mêmes, ou le car du Club, nous nous rendons vers ces vastes pelouses distribuées aux portes de Paris. Nous avons la Boulie, Saint-Cloud, Saint- Germain, etc., et un nouveau golf-club vient encore de naître : celui d'Or- messon. S'il est une terre de l'Ile de France merveilleusement conservée, c'est celle d'Ormesson qui se trouve là, dans un coin lumineux, à 30 kilomètres de Paris. Le château d'Ormesson, construit à l'époque d'Henri III est dû, selon la tradition, aux dessins d'Androuet du Cerceau; il consistait alors en un corps de logis flanqué de quatre petits pavil- lons qui, dans les angles, s'appuyaient au bâtiment central et formaient des consoles de pierres. Au milieu d'un vaste bassin qu'entouraient des murs de briques, le château trempait dans l'eau comme une fleur rouge et blanche. En revenant de visiter Ormesson, Dide- rot qui passait à cette époque de longs jours au château de Grandval, à cent mètres de là, écrivit en 1759: "Nous avons vu la folie d'un homme à qui il en coûte cent mille écus pour augmen- ter son château de douze pieds et nous avons ri. Ce château, avec les eaux qui l'entourent et les côteaux qui le do- minent, a l'air d'un flacon dans un seau de glace ". Marie François d'Ormesson agrandit l'un des côtés des bâtiments (Suite page 60)
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