| Paris-Soir - 27 décembre 1925 |
L'exposition française de 1926 à Moscou
L'Exposition française qui doit ouvrir ses portes à Moscou, le 1er mars prochain, répond à la politique économique de l'U.R.S.S. et à un besoin urgent, aussi bien de la Russie que de la France.
La Russie a besoin de développer sa production industrielle et agricole. Elle s'est adressée tout d'abord à l'Allemagne et ensuite à l'Amérique. à la Tchécoslovaquie, à la Suède, à l'Italie et à l'Angleterre. Si la France a été sollicitée en dernier lieu, c'est qu'on lui tenait rigueur de son intervention avec Wrangel.
L'Allemagne et l'Amérique ont abusé de la situation en vendant de mauvaises machines, et l'U.R.S.S. fait tous ses efforts pour reprendre les relations commerciales avec la France dont l'industrie répond mieux à ses besoins.
Vous n'ignorez pas que le commerce extérieur est un monopole d'Etat qui fonctionne par l'intermédiaire de deux organismes : le «Vniechtorg», direction du commerce extérieur dans les principales capitales d'Europe, et le «Gostorg» qui est le comptoir d'Etat pour l'importation et l'exportation, dépendant du commissariat du peuple pour le commerce extérieur. Conséquemment, les paysans, les ouvriers et les commerçants ne peuvent s'approvisionner que des marchandises qui leur sont offertes par le «Gostorg». C'est pourquoi celui-ci organise des expositions permanentes dans les principales villes de Russie. Il en a à Leningrad, à Kharkoff, à Kiew; il va y en avoir une à Moscou; c'est l'Exposition française que prépare l'Association «Francexport».
D'autres nations avaient demandé à installer une exposition permanente de leurs produits; l'Allemagne notamment qui mena une campagne de presse contre ce qu'elle estimait une faveur qui allait être donnée à la France. Nous avons fait maintenir la priorité de notre initiative dont notre industrie et notre commerce doivent profiter, s'ils ne veulent se voir remplacer par leurs rivaux étrangers, plus hardis qu'eux. En présence de ce rapprochement français et se souvenant de la place prépondérante qu'avait la France dans le commerce extérieur russe avant la Révolution, l'Allemagne s'est hâtée de conclure un traité de commerce et, maintenant, elle est autorisée à avoir des comptoirs de représentation dans toute la Russie. L'Angleterre que l'on craint beaucoup, et les Etats-Unis qui n'ont pas reconnu le gouvernement soviétique, ont aussi deux organismes commerciaux et deux banques qui, à l'instar de l'Allemagne, opèrent sous un nom composé russe. Car, en dehors du «Vniechtorg», il y a des trusts ou des sociétés mixtes qui ont obtenu la licence d'importation et qui peuvent acheter directement. Il y a en ce moment une lutte très vive entre le «Gostorg» et la «Prombank» qui a comme clients la majeure partie des trusts et des coopératives de I'U.R.S.S., mais la «Prombank» n'a pas encore la licence d'importation des marchandises françaises.
Il y a donc nécessité absolue de prendre place en Russie par le moyen de l'Exposition française qui nous permettra de vendre directement nos propres produits, car il y a un autre danger pour notre industrie, c'est que tous les stocks qui ont été créés à l'étranger en produits français à la faveur de la baisse du franc, feront irruption sur le marché russe à des prix inférieurs à ceux de notre propre fabrication, tout au moins tant que nous n'aurons pas de traité de commerce avec l'U.R.S.S.
| retour 27 décembre 1925 |
Le «Gostorg» fonde les plus grands espoirs sur cette exposition française, car les trusts, et coopératives ne lui achètent plus les machines allemandes et celles qu'il a vendues autrefois. Ils désirent les machines françaises: L'Exposition démonstrative de Moscou ne peut que tourner en faveur de nos articles. Raison de plus, pour la faire très large, ainsi que l'avait indiqué M. Krassine au début des pourparlers. Le local qui nous a été attribué et que nous avons conquis de haute lutte est le plus grand, le mieux placé et celui qui se prête le mieux à une belle présentation des machines et marchandises françaises. A l'entour de ce très beau pavillon: bien disposé pour une décoration intérieure artistique, se trouvent deux terrains libres sur lesquels pourront être faits des essais de machines agricoles.
La liste des articles admis à l'Exposition est très importante. Elle est divisée en vingt groupes : mécanique générale, automobiles, aviation, électricité, machines agricoles, produits chimiques, etc., jusques et y compris nos produits coloniaux et les articles de sport.
On ne s'arrêtera pas là car nous apprenons que les journaux de mode sont acceptés maintenant en U.R.S.S. et seront sans doute admis! à l'Exposition. «Ce que femme veut...» est toujours vrai, même dans le paradis soviétiste, et la parfumerie nous est demandée ainsi que la bijouterie imitation; c'est acheminement vers le mieux. Il y a une évolution très sensible vers la France et il faut en profiter. Déjà notre échange commercial avec l'U. R.S.S. au 1er octobre s'est élevé à 1 milliard de francs, sur lequel notre exportation se chiffre par 180 millions de francs, et, tenant compte des grands achats qui viennent d'être effectués dans ces deux derniers mois, notre exportation en Russie dépassera 200 millions. C'est une augmentation énorme sur le résultat de l'année 1924 qui se chiffrait par 15 millions à peine.
Les conditions de la participation sont des plus modestes. L'Association «Francexport» n'ayant pas bénéfices personnels à réaliser constitue les adhérents en coopération et ne leur demande que les fonds strictement nécessaires au paiement des frais engagés.
Joan LABASTILLE.



