| Paris-Soir - 27 décembre 1925 |
Araignées du soir
La part du pauvre
Désirant punir le fisc de ses exigences, les restaurateurs et cafetiers de Douai ont fermé leurs établissements la nuit de Noël, ce qui semblerait prouver que, si les industriels du Nord se déclarent prêts à tous les sacrifices pour sauver les finances nationales, les commerçants de la même région sont beaucoup moins avancés dans la voie de l'abnégation patriotique.
Les journaux qui relatent l'incident désignent cette petite manifestation sous le nom de grève; le terme est exact, il s'agit bien d'une grève, c'est-à-dire d'une brusque cessation de travail. A proprement parler. les commerçants ne sont pas des contribuables, mais bien des collecteurs auxiliaires de l'impôt indirect, des fermiers généraux chargés de rançonner leur propre clientèle pour le compte du Gouvernement, qui leur revaut ça de diverses manières.
Je suis trop respectueux du droit de grève pour désapprouver, dans son principe, la décision prise par les percepteurs alimentaires de Douai. Qu'il me soit cependant permis de la trouver inopportune. En somme, de quoi se plaignent les grévistes, de ce que la taxe frappant les soupers de Réveillon est trop élevée. Eh ! mon Dieu ! si vraiment l'heure de la grande pénitence a sonné pour la France, qu'est-ce qu'on pourrait bien taxer, si ce n'est pas le Réveillon? De ces prodigieux monceaux de victuailles mangées sans faim, de ces flots de vin absorbé sans soif, de tout cet argent dépensé souvent sans plaisir, n'est-il pas raisonnable, de faire la part du pauvre de l'Etat ?
Bernard GERVAISE.
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