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L'Écho de Paris - 20 décembre 1925


LÉcho de Paris 1925 12 20  politique de labsence

LA POLITIQUE DE L'ABSENCE

Nos députés, pour faire croire qu'ils travaillent, votent à tour de bras des séances supplémentaires, mais ils n'y viennent pas.
Hier, quand la séance du matin s'ouvrit, à 9 heures, ils étaient 7. A 10 heures, ils étaient 15. A midi, ils étaient 30. Sur 580, c'est peu.
Vers 9 h. 1/2, tandis qu'on discuta le budget de l'enseignement technique, un député, M. Bazile, qui défendait un amendement, se donna le malin plaisir de faire constater la présence, fort inattendue d'ailleurs, du président du conseil, et en conclut à l'intérêt que présentait la discussion.
M. Briand saisit la balle au bond. Pour une fois qu'il s'était égaré à la Chambre de si bonne heure, pour des raisons demeurées mystérieuses, il ne fut pas fâché de marquer sa présence et en même temps de donner une leçon aux députés qui se permettaient de rester au lit pendant que le président du conseil était déjà au travail : « J'aimerais, dit-il, à voir les bancs de la Chambre pleinement garnis quand nous discutons des problèmes comme celui-là. Ah !| s'il s'agissait de questions purement politiques, vous parleriez devant une assemblée bien plus nombreuse. »
Après quoi, M. Briand, qui n'était pas venu, on le pense bien, pour l'enseignement technique, s'en alla. L'après-midi, on discutait le budget de la guerre. Le sujet était plus important. Les députés présents, parmi lesquels, il faut le dire, ceux de l'opposition n'étaient pas les plus nombreux, n'atteignaient pas à la centaine. Mais l'absence des 500 autres fut moins remarquée que celle d'un seul, dont on ne s'expliquait pas qu'il ne fût pas là. L'absent était M. Painlevé, tout simplement.
Le ministre de la guerre n'a pas assisté à la discussion du budget de son département. C'est énorme. C'était bien la première fois que le fait se produisait.
Les amis de M. Painlevé expliqueront peut-être son absence par sa distraction. Il ne se sera plus rappelé, diront-ils, qu'il était ministre de la guerre, et peut-être viendra-t-il assister à la discussion de la loi de finances, en croyant qu'il est toujours ministre des finances. On joue un peu trop de la distraction de M. Painlevé. On nous la sert régulièrement quand il s'agit d'excuser une de ses gaffes due simplement à sa négligence ou à la méconnaissance de son devoir. Sa carence pendant la discussion du budget de la guerre, où les intérêts de l'armée dont il est le chef sont en cause, est impardonnable.
En somme, ce fut une journée tout à fait remarquable que celle où l'on vit le président du conseil présent, à 9 heures du matin, à la discussion du budget de l'enseignement technique, et le ministre de la guerre absent à la discussion du budget de la guerre. Cela fait une maison peu banale.

JULES VERAN.


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