| Paris-Soir - 20 décembre 1925 |
Araignées du soir
La maison du mystère
Les Américains nous étonneront toujours ! Ne voilà-t-il pas qu'ils s'avisent de nous envoyer une maison, une belle maison de bois, semblable à celles que l'on voit au cinéma dans les films à cow boys ! Ils ont fait ce geste, simplement, comme la chose la plus naturelle du monde, sans paraître soupçonner les abîmes de perplexité dans lesquels nous devions tomber en recevant ce présent. On a beau se trouver en pleine période d'étrennes, il n'est tout de même pas courant d'échanger, entre nations amies, des immeubles comme des sacs de marrons glacés.
Quelques malins, toujours prêts à donner aux actes les plus désintéressés une signification malveillante, ont tout d'abord insinué qu'il s'agissait d'un truc de publicité imaginé par quelque grosse fabrique de chalets démontables. Mais une maison comme ça, de l'autre côté de l'eau, ça coûte, paraît-il, cent mille dollars, soit plus de deux millions et demi de notre pauvre monnaie; à ce prix on ne pourrait raisonnablement espérer en placer beaucoup sur la zone ou dans les lotissements banlieusards. Non, renseignements pris, il s'agit d'un nouveau cadeau fait à la France sans arrière-pensée par un groupe d'industriels du nord (du nord de l'Amérique cette fois). à l'occasion de Noël, ces braves gens ont eu la charmante idée de nous offrir une crèche : sôvenir !...
Mais où la surprise a pris chez nous des proportions considérables, c'est lorsqu'on nous a dit que cette maison en bois des îles serait finalement < offerte à une personnalité française particulièrement méri- tante ». Quelle personnalité ? Quel genre de mérite doit-elle présenter ? En d'autres termes, qu'est-ce qu'il faut faire pour pouvoir espérer une aussi belle récompense ? Qu'on nous le dise vite ! Pour ma part, je suis prêt à tout !...
Bernard GERVAISE
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