| Excelsior - 20 décembre 1925 |
Certains grands restaurants annoncent que, cette année, ils ne donneront pas à «réveillonner», le fisc leur imposant des taxes trop considérables. On éteindra les fourneaux et on laissera refroidir les casseroles. Cela n'empêchera pas les petits soupers d'aprèsminuit qui sont de tradition et qui datent on ne sait de quand. Paris a toujours aimé ce réveillon; on a souvent oublié la messe de minuit, si poétique et si pittoresque, mais on n'a jamais manque le souper plus ou moins copieux. qui la suit. Même sous la Révolution, cet usage fut observé, même en 1792, en plein procès de Louis XVI, nos aïeux festoyèrent dans les cabarets à la mode et dans les maisons du Palais-Royal.
Cette année, si la vie chère oblige quelques restaurateurs à s'abstenir, de bons bourgeois les remplaceront. Pas plus tard que ce matin, un coup de téléphone m'appelle à l'appareil.
- Allo! allo! C'est vous, cher ami?
- Oui;
- bien. Voici. Faites-nous l'amitié de venir faire le réveillon chez nous jeudi prochain, à minuit pour le quart. Nous serons entre connaissances. Ce sera très bien. Trois beaux faisans. Et pas cher du tout. Cinquante-deux francs par tête...
- Mais, chère madame?...
- Non, non, nous comptons sur vous. Il y aura même du champagne pour le même prix.
Pas un mot n'est changé ni ajouté. C'est le texte même de cette singulière communication. La dame est une bourgeoise de Paris fort aisée, sinon riche, une cinquantaine de mille francs de rente. Je l'avais rencontrée chez des amis et sa première invitation était à cette espèce de pique-nique où elle engageait quelques amis à prix fixe, avec un supplément de champagne gratuit. Si je ne l'avais pas entendu, je ne l'aurais pas cru. Ce sont des mœurs nouvelles. C'est probablement la première fois que ces invitations payées se produisent.
Ce sont des réceptions économiques et peut-être fructueuses pour ceux qui les font, et qui étonnent un peu ceux qui les reçoivent. Nous n'avons pas encore l'habitude.
JEAN-BERNARD.
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