| Le Journal des Débats - 06 décembre 1925 |
Les Petites Expositions
Que de précautions prennent les organisateurs de l'exposition «L'Art d'aujourd'hui» pour nous présenter des cubistes, futuristes et surréalistes que nous connaissons! On nous explique comment il faut les regarder, pourquoi leur art s'est allégé du poids «anti-lyrique de la réalité», comme il s'offre à nous sous un aspect entièrement nouveau. Eh bien! la conclusion que nous tirons de tout cela, nous qui nous piquons de suivre avec une attention sympathique toutes les manifestations «d'avant-garde» et de ne jamais crier trop vite casse-cou, c'est que, depuis quinze ans, on piétine dans une impasse. L'art d'un Fernand Léger existe et signifie quelque chose. Mais les disciples de Fernand Léger n'ont rien à dire, ni ceux de Picasso, ni ceux de Metzinger. Ils sont légion; ils sont venus de tous les coins d'Europe, et même d'Extrême-Orient, du Nouveau Monde. Les futuristes italiens nous amusent, les Hollandais théoriciens nous ennuient. Nous voudrions dire le bien que nous pensons de Marcoussis, de Juan Gris, de Jean Lurçat. Mais une nature morte de Picasso, belle et forte comme l'évidence inexplicable, nous paraît contenir en puissance tout ce que les autres tableaux groupés rue de la Ville-l'Evêque parviennent difficilement à suggérer, Cet art d'aujourd'hui n'est peut-être que l'art d'hier. Mais il fallait publier ce bilan.
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La peinture de Van Dongen, est-ce encore «l'art d'aujourd'hui»? C'est en tout cas de la peinture. On a tort de juger Van Dongen sur la foi de certains portraits négligés et faits sur commande. Qu'il cherche souvent le scandale, c'est trop certain. Mais, quand il ne travaille que pour satisfaire son goût personnel de coloriste, d'observateur narquois, d'artiste subtil et sensible, il est capable de toutes les délicatesses, de toutes les vivacités. Il faut voir les portraits d'enfants, les bouquets éclatants, les exquises vues de Versailles (plus près de Matisse que de Marquet) qu'il nous invite à contempler dans son atelier. Il faut connaître enfin le Van Dongen intime, celui qui ne ressemble pas à sa légende et qui garde son sérieux, sa liberté.
Bonne quinzaine chez Druet. Georges Dufrénoy, peintre matériel, robuste et savoureux, expose des natures mortes somptueuses, des «Venise» d'une justesse à faire peur, des «Vues de la Place des Vosges», adéquates au style des nobles constructions dominant les verdures claires. Pour mieux apprécier le technicien, qu'on ne néglige pas la très remarquable copie que Dufrénoy fit, à Lyon, d'un Tintoret puissant et dramatique. On songe à certaines copies de Delacroix. Walter Gimmi ne nous fait penser qu'à Gimmi. Il est discret, soigneux; il est clair et concis, absolument maître de ses sentiments et de son langage. Il modèle par touches fines, des nus précieux dont l'arabesque est infiniment simple, la chair tendrement ombrée. Ses groupements sont homogènes, ses paysages remplis d'air et tout son art respire à la fois l'intelligence et la candeur, la sagesse et la volupté.
A la galerie Bing, des Gromaire déjà vus alternent avec des Salvado de couleur agressive, mais dont le «caractère» n'est jamais indifférent. Lanskoy, tributaire de Van Dongen, de Matisse et de Dufy, garde une palette personnelle (on est coloriste ou on ne l'est pas: Lanskoy est coloriste) et réussit à nous faire aimer ses paysages ingénus, ses intérieurs ironiques. Dans les salons du Cercle de l'Amé rique latine, le peintre mexicain Rodriguez Lozano expose des figures qui manquent de corps plus que d'âme et dont les regards anxieux, sans toujours parvenir à nous convaincre, nous inspirent du trouble et du respect.
Avec plaisir, allons retrouver chez Devambez M. J.-Ch. Contel, paysagiste ému, sincèra et très fécond. Il persévère en se renouvelant. Dans son art toujours pittoresque, le tragique fait aujourd'hui son apparition. Et la manière s'élargit
le détail s'élimine, l'effet n'en est que mieux «totalisé».
M. P.-E. Colin, aquarelliste méridional, sait être à la fois précis et léger. Manzana-Pissaro continue de traiter à la japonaise des motifs de poissons, d'oiseaux et de fleurs. Le «Hamac» de Kvapil est un grand tableau bien composé, loya-lement peint. Les blessés de l'atelier Lachenal exposent, comme tous les ans, à la galerie La Boétie, leurs céramiques aux bleus intenses, aux formes sans imprévu. A l'hôtel Charpentier (nous reparlerons, des «Arts au théâtre») M. Clément Rousseau montre des meubles en galluchat, belle matière et qui convient surtout aux objets de petit volume. M. Louis Leydet, qui se plait aux effets de clair-obscur, semble un disciple de Monticelli, Chez Georges Petit, gros succès poun M. Louis Montagné, aquarelliste qui connaît son métier, choisit bien ses points de vue et dessine avec esprit. Paysages «corotiques», de M. Maurice Lévis,, aquarelles de Baudouin, peintures d'Auguste Pégurier, Th. Clément, Gelinet, etc. Traditionnelle exposition des Touts-Petits (nous entrons dans le mois des petits cadeaux) où triomphent Vignal, René Leverd, André Devambez, Foreau, Jae Nam. A la salle Lefranc, crayons rehaussés de Marie Barba: frimousses d'enfants bien léchés. -
P. F.



