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Le Petit Écho de la mode - 20 septembre 1925


Le Petit écho de la mode 1925 09 20 Au fil des jours,  Bernardin de Saint Pierre, Saint Malo, mollets de coq.

Au fil des Jours

Visions de poète.
Quand il écrivit ses fameuses Etudes de la nature, Bernardin de Saint-Pierre se représentait évidemment les choses à sa façon. Pour lui, la poule d'eau était une variété... de turbot. Et voici l'explication qu'il donnait des tremblements de terre. Il en attribuait la cause à «la dissolution des animaux et des végétaux déposés par les fleuves sur les rivages de la mer.» Vous ne comprenez pas bien, chère lectrice? Rien de plus simple pourtant. «Ces matières imprègnent le sable, écrivait- il; la pluie succédant à la sécheresse empèche leurs exhalaisons de transpirer au dehors; alors elles produisent des secousses terribles.» Ne sourions pas trop. On a émis depuis lors bien d'autres théories fantaisistes sur ce genre de phénomènes qui, à vrai dire, continuent de dérouter la sagacité de nos savants. Mais, vraiment, Bernardin de Saint-Pierre avait une manière à lui de tirer au clair les énigmes de la nature, et laquelle de nous souscrirait à sa tentative, de réhabilitation des mouches et des moustiques? «Ces insectes, en nous piquant, nous forcent à recourir aux bains qui nous sont si salutaires,» opinait-il doctement. Pourtant, il n'en fallut pas plus pour éblouir des femmes célèbres comme Mlle de Lespinasse et Mme Geoffrin, qui contribuèrent de leur mieux au succès de Bernardin et de son livre. En astronomie, il alla encore plus fort, et l'on n'imagine pas les perles que l'on peut pêcher dans ses Harmonies de la nature. Les habitants de Mercure sont végétariens. On chasse sur la planète Mars. Les mers de Jupiter abondent en poissons; malheureusement, on y vieillit très vite; à six ans, c'est déjà la décrépitude. Saturne se recommande par ses beaux paysages plantés de cèdres et de genévriers; Uranus, par ses mousses gigantesques, hautes comme des arbres, ses énormes baleines et ses fantastiques chevaux marins. Quant à la Lune, habitée elle aussi, le canotage y est en honneur, mais les nuits y durent deux semaines et les volcans y font montre d'une activité excessive, lançant des pierres à quelque 90.000 lieues! Comme on voit, Bernardin de Saint-Pierre l'était en plein, dans la Lune. Il n'en redescendit que pour écrire son chef-d'œuvre, Paul et Virginie, qui fut accueilli par une froideur outrageante quand il en donna lecture dans le salon de Mme Necker. Car, dès le premier chapitre, Buffon, qui était là, demanda sa voiture, et le four fut si noir que, rentré chez lui, l'auteur incompris eût jeté son manuscrit au feu si le peintre Vernet ne s'y était opposé.

Mollets de coq et jambes de... Saint-Malo. -
«Mollets de coq», chacun sait à quoi s'en tenir sur cette métaphore rustique. Mais «jambes de Saint-Malo», l'expression a vieilli, si elle n'est pas complètement tombée en désuétude, comme le proverbe qui l'expliquait. Ce proverbe avait cours dans presque toute la France. Il accusait les chiens malouins de s'attaquer aux jambes des voyageurs. D'où cette question malicieuse que l'on posait à ceux dont les tibias étaient en forme de flûte : «Avez-vous été à Saint-Malo ?» Et d'où la chanson que l'on chante encore dans nos campagnes : Bon voyage, cher du Mollet...
L'origine de ces dictons remonte au XII siècle, époque où les Malouins dressèrent des bouledogues à la garde de leurs navires échoués sur la vase et exposés aux voleurs. Ils lâchaient ces chiens chaque soir et se fiaient à eux du soin de déjouer les entreprises nocturnes des malandrins. Vrais cerbères, les redoutables canins s'acquittaient fidèlement de leur tâche et multipliaient les rondes autour des bateaux à l'abandon jusqu'au matin où leur «chiennetier» les rappelait de sa trompette de cuivre. Comme ils étaient d'utilité publique, on avait institué, pour subvenir à leurs besoins, un droit de «chiennage». Jusqu'en 1770, la surveillance fut faite par ces terribles gardiens. Mais leur férocité était telle que la municipalité s'en ėmut et finit par les supprimer à la suite de l'horrible trépas d'un officier de marine qu'ils avaient pris pour un voleur et mis littéralement en pièces.

Enquête consolante.
Un de nos plus cèlèbres hommes d'Etat, à peine sexagénaire, disait un jour à la tribune de la Chambre, avec un brin de mélancolie et beaucoup de philosophie, que la plus grande partie de son avenir était déjà derrière lui. Simple boutade et qu'il devra rectifier si l'on tient pour acquis les résultats de l'enquête ouverte par un magazine étranger sur ce thème intéressant : «A quel âge l'homme a-t-il, au point de vue intellectuel, la plus complète possession de soi-même ?» D'après ces résultats, l'âge varierait suivant les occupations des intellectuels enquêtés. Ainsi, le peintre, le sculpteur, le musicien, créeraient généralement leur chef-d'œuvre entre vingt et trente ans. L'inventeur ferait sa plus belle découverte entre trente et quarante. L'écrivain ne donnerait toute sa mesure que passé quarante ans. L'homme d'affaires serait quinquagénaire avant de pouvoir atteindre le maximum des qualités qui lui sont spéciales: clairvoyance, jugement, sang- froid. Quant à l'homme d'Etat, il ne se révélerait pleinement qu'après avoir doublé le cap de la soixantaine. Sauf exceptions, il va sans dire. Mais le propre des exceptions n'est-il pas de confirmer la règle?

CLÉGUER.

Le capillaire du Canada, Adiantum pedatum, aussi appelée Adiante du Canada, Fougère du Canada, ou Adiante pédalée

Les chiens du guet de Saint-Malo 


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