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Le Petit Journal illustré - 27 septembre 1925


Le Petit journal illustré 1925 09 27 Page trois

Le Petit journal illustré 1925 09 27 le fait du jour lindépendance économique 3

Combien sont-ils au monde les pays qui peuvent vivre sur leur propre fonds, les pays qui trouvent chez eux toutes les denrées de première nécessité, sans presque avoir besoin de rien importer de l'étranger ?...
Ils sont bien peu. Les Etats-Unis, peut-être, peuvent produire tout le blé et toute la viande nécessaires à leur alimentation; mais, s'ils n'étaient au régime sec, à coup sûr la Californie, seule région qui fabrique du vin, serait incapable d'abreuver l'ensemble du pays.
En Europe, l'Allemagne, réduite, pendant la guerre, à fabriquer toutes sortes d'«ersatz», a prouvé qu'elle ne peut vivre longtemps sans l'apport de l'étranger.
En Angleterre, au cours d'un seul semestre,
le premier de cette année, le chiffre des importations a été de 285 millions de livres supérieur à celui des exportations: c'est assez dire que, sans tout ce qu'elle achète aux autres pays, et sans tout ce qu'elle tire de ses colonies, l'Angleterre ne tarderait pas à mourir d'inanition.
La France, par contre, est, parmi toutes les contrées du monde, l'une de celles qui pourraient le plus sûrement se passer du secours de l'étranger. Sans doute, il lui manque un peu de blé pour faire face à sa consommation; mais le moindre effort suffirait pour qu'elle en eût assez.., Son potager et son verger sont merveilleusement garnis; elle a plus de légumes et plus de fruits qu'elle n'en peut consommer. Ses vignobles sont si abondants qu'elle exporte des vins dans tout l'univers. Son élevage et les produits de ses fermes sont de premier ordre et plus que suffisants pour ses besoins. Enfin, si la pêche était organisée avec plus de méthode, si les procédés en étaient partout modernisés, la France tirerait des mers qui baignent ses côtes des ressources infinies.
Elle n'est réellement tributaire de l'étranger que pour une part de sa consommation en charbon. Mais, d'année en année, au fur et à mesure que ses ressources en houille blanche les plus importantes d'Europe après celles de la Suède et de la Norvège seront exploitées, ses besoins en houille noire diminueront jusqu'à ne point excéder les exigences de sa consommation.

Or, voilà qui contredit et qui confond toutes les théories économiques dont on nous bourra le crâne au temps de nos études: c'est la livre anglaise, la monnaie d'un pays quasiment improductif et obligé de s'approvisionner à l'étranger, qui monte à des hauteurs vertigineuses; et c'est le franc français, la monnaie d'un pays capable de se suffire à lui-même, qui subit la plus inconcevable dépréciation.
Quoi qu'il en soit, m'est avis que si les Français veulent triompher de l'iniquité du change, Ils doivent faire et refaire sans cesse la preuve de cette faculté si rare, que possède leur pays, de pouvoir subsister sur ses propres ressources... Car, cette preuve, ils négligent trop souvent de la faire.
A ce propos, j'ai trouvé, dans «La Bonne Table et le Bon Gîte», l'excellente revue de Pierre Chapelle, quelques chiffres tristement éloquents, fournis par M. Schmieder, président de la section hôtelière de Touraine, touchant «la Crise du Change et la Gastronomie».
L'auteur signale que, l'an dernier, nous avons payé à la Hollande un tribut de 130 millions pour ses fromages.
En vérité, n'est-ce pas là pure folie ?... Oublions-nous qu'en 1815, au Congrès de Vienne, les diplomates, qui s'y connaissaient, proclamèrent que le Brie était le roi des fromages ?... Et nous n'avons pas que le Brie. Nous en avons des fromages, de tous les goûts et pour tous les goûts... Quel besoin avons-nous, quand le florin est si haut et le franc si bas, d'aller gâcher 130 millions en fromages de Hollande ?...
«Nous avons acheté, continue M. Schmieder, pour plus de 200 millions de poissons secs, salés, fumés, conservés, importés d'Allemagne, d'Angleterre et du Portugal... " Mais sapristi, des poissons, nous en avons à revendre, plein la mer du Nord, la Manche, l'Océan, la Méditerranée. Est-il donc si difficile de les sécher, de les saler et de les fumer chez nous ?...
Enfin, voici le bouquet: «l'an dernier, nous, les plus gros producteurs des vins les meilleurs et les plus variés du monde, nous avons acheté pour plus de 400 millions de vins étrangers... Oui, ceci passe la mesure. Un tel gaspillage est purement criminel. Il y a tantôt vingt ans que mon ami Jean Lecoq a inauguré, dans le Petit Journal, une campagne pour la consommation à l'apéritif de nos vins de France. Est-ce qu'un chablis ou un graves, un vin de Touraine, d'Anjou ou d'Alsace ne vaudraient pas cent fois mieux que tous ces vins cuits qui nous viennent de l'étranger?
Encore une fois, achetons chez nous, consommons nos produits; n'importons que ce que nous ne pouvons pas trouver dans notre propre fonds: notre monnaie remontera.

A la fin des guerres, pourtant si coûteuses, du premier Empire, la monnaie française n'avait pas diminué de valeur. Pourquoi ?... Tout simplement parce que Napoléon avait, pendant tout son règne, forcé la France à vivre de sa seule production, à ne point aller chercher à l'étranger ce qu'elle pouvait se procurer chez elle; à n'importer, en un mot, que l'indispensable. Si, depuis la guerre, nous avions repris cette saine tradition, le change, à coup sûr, nous serait moins cruel, et, en matière de finances, il en irait mieux pour nous.

Ernest LAUT.


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