| La Presse - 20 septembre 1925 |

LA VIE CHÈRE
On parle à nouveau des Intermédiaires
Ce n'est pas sans un sentiment de générale curiosité que l'on attendait les nouveaux moyens envisagés par nos dirigeants pour lutter contre la vie chère. Un ministre, M. Chaumet, vient de lever un coin du voile qui dissimule encore des mystérieuses dispositions. Ce qu'il a ainsi découvert manque, hélas, de nouveauté. Il s'agit, en effet, de pourchasser les spéculateurs marrons, de faire l'éducation du consommateur, enfin de favoriser efficacement la production.
Or l'on connaît, pour les avoir déjà et souvent entendus, ces principes guerre aux intermédiaires, augmenter la production et diriger le consommateur.
Depuis plusieurs années, on a révélé les faits et gestes des intermédiaires néfastes, issus de la guerre et qui sont l'une des principales causes des prix élevés. D'autres gouvernements ont essayé de les combattre, de les supprimer; mais cette lutte n'a pas produit la moindre amélioration, le plus minime adoucissement, au contraire.
Combien d'efforts ont été réalisés pour intensifier la production, selon un principe économique, l'abondance doit entraîner le fléchissement des cours. Ce serait exact si nous vivions dans un temps normal. Malheureusement c'est le contraire qui est vrai. La fameuse loi de l'offre et de la demande n'existe plus que dans les discours et l'on a vu, ou voit encore jeter au ruisseau ou livrer à la destruction des quantités de denrées précisément pour que les cours demeurent élevés. Il n'y a pas de longs mois qu'aux Halles, un matin, des centaines et des centaines de kilos de petits pois furent abandonnés sur le sol et, plutôt que de les ramasser dans leurs camions d'ordures, les boueux appelèrent tous les pauvres hères rodant aux alentours pour les ramasser.
On pourrait citer des campagnes où l'on préfère laisser pourrir les fruits sur les arbres plutôt que de les cueillir, la main d'œuvre et les tarifs de transports réduisent à néant tous espoirs de bénéfice, même infime. Certes, pour que la vie soit moins chère, mais on ne semble pas vouloir prendre le bon chemin, puisque celui où l'on s'engage a déjà été parcouru et inutilement.
PIRY.
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