| La Presse - 27 septembre 1925 |
BAVARDAGES..,
A propos du «Régime sec»
Je plains de tout mon cœur de « pinardier» la délégation financière qui se trouve présentement à Washington pour régler la question de la Dette.
Figurez-vous que ces pauvres types en sont réduits à «s'envoyer de la flotte» comme dirait Gégène, en savourant les mets les plus succulents! En Amérique. en effet, personne n'est exempt du régime officiellement du moins. Et voici une dépêche qui nous le prouve bien :
Washington. Hier, M. Coolidge a invité M. Caillaux à dîner à la Maison-Blanche. Des carafes d'eau minérale étaient répandues à profusion sur la table, mais pas même une bouteille de vin ordinaire. Durant le repas, l'un des délégués demanda à M. Caillaux : «Voulez-vous boire de l'eau?» Après un instant d'hésitation, le ministre des finances français répondit affirmativement. Dès qu'il eut vidé un deuxième verre d'eau, M. Caillaux ne put s'empêcher de déclarer : «Je préfère les vins de mon pays, mais ne vous dérangez pas pour moi !»
La bonne humeur ne cessa pourtant de régner pendant toute la soirée, à tei point que le président Coolidge abandonna sa réserve habituelle.
Et il ne s'est pas trouvé un délégué français pour dire ceci :
«Est-il vrai, messieurs, que, derrière cette décision que vous prîtes de ne boire que de l'eau, se cache une combinaison financière? Depuis la guerre on n'a cessé, chez vous, de spéculer contre le franc. Vous n'ignoriez pas cependant que nous étions les plus gros exportateurs de vins et d'alcool, qui représentent chez nous une partie de la fortune nationale, et en nous fermant votre marché, vous avez provoqué une dépréciation de notre devise... Vous nous demandez de payer notre dette et vous nous limitez nos moyens. Convenez que vous avez un peu «cherré !»
Oui, mais pour dire ces choses il faut avoir un petit verre dans le nez !
ROBERT OUDOT.
| retour 27 septembre 1925 |








































































