| Le Quotidien - 19 septembre 1926 |
La Fédération de l'Enseignement proteste confre l'incarcération de l'instituteur Gaonach
La Fédération de l'Enseignement communique la note suivante :
Le camarade Gaonach. instituteur du Finistère, condamné à huit mois de prison sans sursis par la Cour d'appel de Rennes, vient d'être incarcéré à la prison de Quimper pour purger sa peine.
La Fédération de l'Enseignement ne veut pas laisser passer cette pénible circonstance sans protester une fois de plus et avec indignation contre la peine infligée au camarade Gaonach pour «délit d'opinion» et sans se solidariser entièrement et publiquement avec le condamné.
Gaonach est victime de manœuvres hypocrites, d'un jugement monstrueux. Le premier chef d'accusation retenu contre lui (incitation de militaires à la désobéissance) a été ruiné par les aveux des témoins à charge. Le second chef (apposition nocturne de placards et papillons contre la guerre du Maroc) était tellement insoutenable que l'accusation l'a abandonné. D'autre part, le procureur de la République du tribunal correctionnel de Châteaulin est si peu persuadé de la culpabilité de Gaonach que dans son réquisitoire il énumère simplement les «présomptions» qui pèsent sur lui. Il argumente surtout contre l'opinion politique de Gaonach, comme si un instituteur n'a pas le droit dans le «pays des droits de l'homme» d'avoir l'opinion politique qui lui plaît.
Il est clair qu'en l'occurrence on a voulu se débarrasser d'un militant qui gênait en brisant sa situation. en le jetant en prison. Gaonach n'avait-il pas le droit de combattre au cours de réunions électorales, un M. Lancien, sénateur, candidat au Conseil municipal ? C'est là surtout qu'est le noeud de l'affaire.
La révocation et la sanction judiciaire suivie d'emprisonnement infligées à Gaonach constituent l'une des phases de la lutte contre la liberté d'opinion des fonctionnaires et en particulier des instituteurs.
La Fédération de l'Enseignement appelle les organisations ouvrières, les groupements de fonctionnaires, les sections du Syndicat National, les associations qui se réclament de la laïcité à joindre leur protestation à la sienne.
Une souscription a été ouverte par la Fédération en faveur du camarade Gaonach. Adresser les fonds à la camarade Yvonne Orlianges, trésorière de la caisse des révoqués, à Chauffry par Rebais (Seine-et-Marne),
| retour 19 septembre 1926 |



