| la chronique de Maurice Prax 25 juillet 1924 |
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POUR ET CONTRE On a donné, à Londres, la parole aux banquiers, aux souverains du dollar, aux monarques du crédit.… Devions-nous nous attendre, de la part de ces autocrates de la finance, à des discours sonores et creux, à des périodes ampoulées, à de sublimes envolées? Non, bien entendu... Ces hommes ne sont ni des tribuns, ni des apôtres, ni des poètes. Ces hommes sont des hommes d'affaires, et les affaires exigent un réalisme dépouillé de tout songe. Nous savions donc bien, à l'avance, que les banquiers n'allaient pas, à Londres, effeuiller des marguerites et chanter de pieux cantiques de fraternité universelle… Avouons, tout de même, que nous ne pensions pas qu'ils parleraient tout à fait comme ils parlent! Avouons tout de même que la sécheresse de leurs propositions et l’âpreté de leurs exigences dépassent sensiblement nos prévisions... C'est seulement en hommes d'argent qu'ils entendent poser tous les problèmes et qu'ils prétendent les résoudre. Ils ne parlent point d'autre chose que d'argent, que de leur argent, que de notre argent. On leur parle de la paix du monde, ils répondent argent. On leur parle du salut du monde, ils répondent: argent... Il y a eu pourtant la guerre?... Il y a eu pourtant des milliers et des milliers d'hommes qui sont tombés pour la défense du droit, du droit de tous et de l'humanité, de l'humanité tout entière... Il y a eu pourtant dix départements français réduits en poussière par les envahisseurs... Mais non... mais non... Il paraît que tout cela ne compte plus. Il paraît qu'il n'y a plus trace de tout cela dans la mémoire des banquiers... Il paraît qu'il n'y a plus qu'une chose qui compte, qui doive compter: le chèque. Ces messieurs, qui se posent si durement en hommes d'argent, vont finir par nous faire douter de leurs capacités d'hommes d'affaires. Car les vrais hommes d'affaires, s'ils sont bien obligés de ne jamais négliger la question d'argent, ont pourtant, dans la conduite de leurs affaires, d'autres préoccupations et d'autres ambitions même que l'argent. Ils tâchent d'avoir des idées neuves, des idées hardies, d'appuyer des progrès, d'effectuer des réformes, de lancer des créations nouvelles. Car ils veulent créer, car ils veulent produire, car ils veulent faire de l'action, et non seulement des additions... Les banquiers, à Londres, disons-le franchement, parlent petitement, pensent petitement, agissent petitement... Que peut-il sortir de grand de toutes ces petites choses?... Les banquiers, à Londres, seraient-ils donc incapables de voir grand, de penser grand?... Alors, ils seraient de petits hommes... Les banquiers, à Londres, doivent nous montrer qu'ils peuvent élargir leurs idées et leurs plans... L'argent, disent-ils... L'argent… Oui? Eh bien! quoi? L'argent?... L'argent?... Mais c'est l'équilibre du monde qui fait la valeur de l'argent, de l'argent des peuples et de l'argent des banquiers... En cas de naufrage, l'argent n'est plus rien et un chèque, au fond de l'eau, ne peut même pas nourrir une sardine ni, à plus forte raison, un requin... Maurice PRAX. |
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