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la chronique de Maurice Prax 17 juillet 1924


la chronique de Maurice Prax 17 juillet 1924

POUR ET CONTRE

Sur les lampions du 14 juillet il est tombé trop de sang. C'est un peu partout que l'on signale des rixes, des coups de couteau ou de revolver, des blessés... Parbleu ! Il faisait chaud... Et puis, il fallait bien s'amuser... C'était la fête... Il fallait la faire.…

De braves gens sortis de chez eux tout tranquillement, le matin, ont voulu tout de suite se rafraîchir un peu... Ils se sont rafraîchis... Ils ont bu avec les amis... Ils ont trinqué avec les amis... Peu à peu, ils se sont échauffés en se rafraîchissant. Peu à peu, ils sont devenus nerveux, coléreux, batailleurs. Peu à peu, ces braves gens si calmes, si doux, si charmants dans l'habitude de la vie, sont devenus de pauvres choses inconscientes et brutales flambant à l'alcool comme des mèches de lampes… De cordiales, les beuveries faites tragiques... La fête s'est achevée, titubante, dans le ruisseau, à l'hôpital ou à la prison…

Quel réveil le lendemain pour ces joyeux fêtards, pour ceux, du moins, qui se sont réveillés !....
— Quoi? Qu'ai-je fait ?... Où suis-je ?...
— Ah ! vous ne vous souvenez de rien ?... Vous avez tué un de vos compagnons, hier soir... Regardez... Vous avez encore du sang sur les mains,

Vouloir changer la nature de l'homme, c'est sans doute vouloir changer la lune... Il n'en est pas moins vrai qu'il est bien affligeant de voir les hommes qui sont doués de raison, disent les philosophes, se conduire aussi bêtement, aussi stupidement, aussi misérablement…

Un chien, un chat, un serin sait se modérer, sait s'arrêter quand il n'a plus faim, quand il n'a plus soif... Le seul animal qui n'a pas la force de se retenir un peu, c'est l'homme. Le seul animal qui boit sans raison, c'est l'animal doué de raison... Explique qui voudra…

On aurait bien du mal à donner de ces désordres une explication sensée, et qui soit à l'honneur de ce que nous appelons orgueilleusement l'humanité... Voilà. On trinque avec les camarades parce que c'est jour de fête... On est heureux... Mais le soir, c'est un camarade ou un malheureux passant inconnu qui trinque…

Voilà. On commence par boire « un coup »... Et on recommence et on s'anime... Mais le dernier coup, on ne le boit pas, on le donne... Et c'est un mauvais coup... Quelle misère !...

Maurice PRAX.


retour - back 03 août 1924