| la chronique de Maurice Prax 10 juillet 1924 |
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POUR ET CONTRE Calino découvre soudain qu'il n'a rien pour se défendre. Il entre en trombe dans un bazar et fait emplette d'un méchant petit couteau. Quand il rentre chez lui, il s'aperçoit avec étonnement qu'il avait un revolver dans sa poche... Il avait oublié qu'il avait ce revolver!.... Nous faisons tous, sans nous en douter, ce que fait Calino. Nous réclamons, nous faisons voter, tout le temps, des lois pour nous défendre. Or, si nous nous donnons bien la peine de fouiller dans nos poches du moins dans notre code nous y trouverions dans notre code des lois déjà toutes prêtes, des armes déjà toutes chargées... Seulement, nous ne voulons jamais nous servir des lois que nous possédons. Nous préférons en commander de nouvelles, chez les armuriers législatifs... Et puis, dès que nous sommes en possession des nouvelles, nous les laissons magistralement tomber... tomber dans l'oubli… On est en train, paraît-il, ainsi, de nous armer contre les meublés, qui sont une des causes les plus directes de la crise des logements; contre les meublés qui sont le contraire du foyer et le contraire de l'urbanisme; contre les meublés qui décuplent quand ils ne vont pas plus loin et plus fort... le prix des loyers et qui font qu'un lit boiteux et qu'une table de toilette rapportent trois mille francs de rente, sinon dix mille, à certains trafiquants. Vouloir nous défendre contre un tel fléau, c'est évidemment une belle idée... Il faut nous défendre. Il faut, tout en respectant les droits anciens des honnêtes et professionnels tenanciers de meublés car il faut bien tout de même des logements meublés dans une capitale il faut mettre fin à ce pullulement désastreux de meublés clandestins ou avoués qui risque de faire de Paris un colossal hôtel borgne, où il ne sera plus possible d'habiter autrement qu'à la petite semaine... Donc on va faire une loi bonne loi?... Donc on discute actuellement au Luxembourg?... Donc on nous révèle des faits effrayants et scandaleux? Donc depuis quatre ans, cinquante mille nouveaux meublés se sont ouverts dans Paris?... C'est vraiment une belle poussée de champignons vénéneux!… Alors, on va faire une loi, une belle loi, une rude loi?... On va arrêter la poussée des champignons?... C'est très bien… Seulement, si nous avions un peu de mémoire, nous nous souviendrions qu'il y a près de trois ans qu'on a décidé de sévir contre les meublés... Nous saurions nous souvenir qu'une loi, qu'une belle loi, agrémentée d'arrêtés impératifs et administratifs a interdit la mise en meublé de tous appartements et logements précédemment non meublés... Nous allons en avoir une autre ?... Pourquoi faire?... Maurice Prax. |
| retour - back 03 août 1924 |







































































