PLAIDOYER CONTRE LE CHIEN
C'est la fidélité même ? En effet il est presque aussi fidèle aux étrangers qu'à son maitre. Mais il chérit son maître surtout.
De loin il accourt à sa voix, l'entoure de ses bonds, et lui montre le chemin en faisant la navette, pour lui aplanir les voies et lui couper l'air. Il couvre de ses abois jaloux la voix chère qui parle à des amis. Mais il se tait et file si cette voix l'appelle.
C'est qu'il ne tient pas à rentrer à la maison. Pour obliger le maître à en sortir, il multiplie les ruses. Il prend la bonne place auprès du feu, se couche sur le tabouret où l'on allait mettre son pied; vous ne pouvez faire un pas sans l'avoir dans les jambes. Et il vous tire la langue, tout le temps, avec de bons yeux pleins d'indulgence pour ses propres méfaits.
C'est une bien bonne bête. Il déteste seulement la musique, les cloches, le bon ordre des jardins, les autres chiens, les chats, les visiteurs de jour et de nuit, les rats, les oiseaux et les papillons qu'il poursuit à perte d'haleine. Par contre, il adore le gibier abattu par le plomb du maître et il lui en laisse les morceaux de choix : les pattes et le bec. Oui, c'est la fidélité même. On peut lui confier n'importe quoi, sans danger. A preuve la mince tranche de jambon d'York qu'il porte constamment entre les dents et à laquelle il ne mord jamais.
LOUIS LANDRON,