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Le Petit Parisien - 23 août 1925

Le Petit Parisien 1925 08 23 art 01 la dette de la France à l'Angleterre 1Le Petit Parisien 1925 08 23 Page 01

LA DETTE DE LA FRANCE ENVERS LA GRANDE-BRETAGNE
COMMENT VONT S'ENGAGER DEMAIN LES CONVERSATIONS ENTRE MM. WINSTON CHURCHILL ET CAILLAUX

M. Caillaux sera ce soir à Londres. Et l'on peut dire que les conversations qu'il doit avoir avec le chancelier de l'Echiquier au sujet de la dette de la France envers la Grande-Bretagne commenceront aussitôt.
L'heure de la décision est arrivée. En Angleterre comme en France, l'on désire ardemment que le problème des dettes qui pèse si lourdement sur la situation générale trouve enfin sa solution.

C'est dans une atmosphère de cordialité et de confiance réciproques
les dernières négociations entre MM. Chamberlain et Briand l'ont encore accentuée que M. Winston Churchill et notre ministre des Fi- nances vont rechercher les bases d'un accord que les experts, il y a quelques semaines, n'ont pu réaliser.
Le gouvernement britannique ne pourra manquer de tenir un large compte des arguments qui auront été présentés au chancelier de l'Echiquier par M. Caillaux, arguments sur lesquels nous reviendrons plus loin, lorsqu'il s'agira, pour lui, de faire connaitre ses propositions définitives, en ce qui concerne la fixation du mode de remboursement et le montant annuel des amortissements de notre dette.

Les points de vue français et britannique ne sont pas tellement éloignés.
Que devons-nous à l'Angleterre ? Au cours actuel du change, un peu plus de 64 milliards de francs-pa- pier, soit, en livres sterling: capitai 432 millions. Intérêts 192 millions.
M. Winston Churchill aurait l'intention, assure-t-on, de demander des versements annuels de 20 millions de livres sterling (environ 2 milliards de francs papier). M. Caillaux offrirait à peine la moitié, mais il serait prêt à aller plus loin, si les choses s'arrangeaient avec les Etats-Unis. Et même il consentirait à ce que les versements français fussent encore augmentés, dans le cas où le plan Dawes donnerait régulièrement son plein rendement. Il semble, dans ces conditions, que les deux points de vue puissent être rapprochés assez facilement, pour être, finalement, accordés, II suffira que les deux négociateurs consentent à faire chacun un pas en avant.

Mais, c'est alors que la « campagne» menée par une certaine partie de l'opinion britannique demeure incompréhensible, regrettable... Ceux-là qui ont donné ces jours-ci le conseil » au chancelier de l'Echiquier d'imposer à la France des conditions que nous ne pouvons accepter ont pris une lourde responsabilité. Certes, le gouvernement britannique ne se laissera nullement émouvoir par les manoeuvres de la fraction lloydgeorgienne. Mais, en période de négociation, tout cabinet est obligé de tater le pouls de l'opinion publique. C'est pourquoi nous n'hésitons pas à dire que l'attitude de nos «adversaires» d'Angleterre est particulièrement fâcheuse. Elle ne saurait nous surprendre, au surplus. La petite fraction dont il s'agit ne s'est-elle pas montrée, en effet, des mieux disposée à l'égard de l'Allemagne ? Le gouvernement de Londres, qui ne partags pas précisément les mêmes sentiments, n'aura garde d'oublier que l'Allemagne a été, hier, notre ennemie commune. Il ne voudra pas que le régime proposé à la France soit plus rigoureux que celui qui a été accordé au Reich.
Il sera amené à examiner de très près les raisons majeures qui ont déterminé la position prise par M. Caillaux, par notre pays.

Et tout d'abord, la capacité de paiement.
Le plan Dawes a apporté dans la question du paiement des dettes deux principes entièrement nouveaux celui de la capacité de paiement et celui du transfert. Or, puisque ces principes ont été admis pour l'Allemagne, ils doivent l'être également pour les alliés débiteurs. Le gouvernement américain ne s'est pas fait faute de le dire, et une récente note anglaise déclare que «les paiements de la France dépendront de sa capacité fiscale».
Ce point acquis, quelle est donc la capacité fiscale de la France ? A l'heure actuelle, elle paie et transfère déjà des sommes considérables à l'Angleterre et aux Etats-Unis, pour le remboursement des dettes commerciales de guerre. Ces dettes seront éteintes, pour l'Angleterre, en 1930 et pour les Etats-Unis, en 1948 sauf pour l'annuité des stocks américains (20.000 dollars).
Les transferts que nous sommes obligés de faire actuellement en livres et en dollars dépassent légèrement 2 milliards de francs papier. Cette somme formidable élevée de quelques centaines de millions de francs papier pourrait être définitivement inscrite au budget pour l'amortissement de nos dettes extérieures.
Mais nous ne pourrions aller au delà, sinon les engagements que nous prendrions risqueraient de ne pouvoir être tenus. Or, nous avons toujours déclaré que nous voulions rembourser les dettes contractées. Notre attitude ne s'est pas modifiée et ne se modifiera pas.
Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, il va sans dire qu'aux sommes que nous paierions chaque année aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne dans la limite que nous venons d'indiquer, s'ajouterait, pour cette dernière, un pourcentage à calculer des versements du plan Dawes, l'Angleterre en ayant admis le principe.

Notre ministre des Finances se refusera certainement à discuter le mauvais argument dont se sert régulièrement la partie de l'opinion britannique qui nous est hostile, à savoir que la France peut faire plus, beaucoup plus, l'Anglais payant plus d'impôts que le Français. Les impôts pèsent, lourdement sur tous en France. Ils se présentent sous une forme différente des impôts britanniques, mais ils ne sont pas moins élevés. Et puis, notre ministre des Finances n'a-t-il pas annoncé qu'il avait l'intention d'en relever encore un certain nombre, cependant que d'autres recevraient un nouvel aménagement en vue d'un rendement plus fort? Le projet de budget pour 1926, actuellement en préparation, rue de Rivoli, fournira bientôt aux Britanniques la meilleure des preuves à cet égard.
Parmi les propositions que notre ministre des Finances soumettra à M. Winston Churchill, il en est deux qui ne manqueront pas de retenir toute l'attention de ce dernier : c'est, d'une part, la revision périodique de la capacité de paiement de la France, et c'est, d'autre part, un remaniement du paiement des dettes interalliées dans le cas d'un fléchissement des devises. Combien de temps dureront les conversations? Nul ne saurait le prévoir. Une information de Londres, parvenue hier, laissait à penser que si l'accord se faisait, et elle était très optimiste à ce sujet, celui-ci pourrait intervenir à bref délai. En ce qui concerne la France, l'accord ne serait définitif qu'après avoir reçu l'approbation des deux commissions parlementaires des finances. M. Caillaux estime, effet, et le cabinet avec lui, que, lorsqu'il s'agit d'engager financièrement le pays, pour une période de longue durée, la responsabilité du Parlement doit jouer en même temps que celle du gouvernement.-

Charles Morice.

Winston Churchill

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