Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor

Le Figaro - 30 août 1925

Figaro 1925 08 30 article 01: lettre d'un juriste Américain sur la dette française

Figaro 1925 08 30 : Page 01

Il y a deux ans, le Figaro a publié une lettre du plus haut intérêt, signée de M. Ch. Robinson Smith, éminent homme d'affaires américain, et membre du barreau de New-York. M. Robinson Smith est un ardent ami de la France; il a donné, dans les revues et les journaux des Etats-Unis, une série d'articles et de notes pour défendre avec autant de talent que de courage la cause et les intérêts de notre pays.
Il vient d'adresser à l'un de ses amis de Paris, directeur d'une grande banque américaine, la lettre suivante au sujet de la dette française.
En la lisant, on comprendra que M. Robinson Smith connaît admirablement le caractère de ses concitoyens, et qu'il leur présente de la manière la plus persuasive les arguments capables de les toucher. S'il nous décoche quelques critiques, c'est dans un esprit sincèrement amical, avec le désir de nous éclairer pour nous aider. Nous y répondrons dans un prochain article.
Mais nous voulons dire tout de suite combien nous sommes obligés à M. Robinson Smith de sa sympathie si active; les lecteurs du Figaro en sentiront tout le prix, et nos gouvernants pourront trouver dans ses amicales suggestions d'utiles enseignements.

François Coty.

« Vous verrez (par les documents envoyés) que je me suis beaucoup occupé des dettes interalliées et des dettes contractées par la France envers les Etats-Unis. Je n'ai cependant jamais entrepris d'étude très serrée à ce sujet et je doute de ma compétence à le faire. C'est l'Honorable John H. Clarke qui a développé l'argument le plus fort en faveur de l'annulation de la créance américaine; il a été, à Washington, juge à la Cour suprême des Etats-Unis notre plus haute juridiction; maintenant à la retraite, il est président de la Société de la Ligue des nations. Bien des éléments de la question se sont modifiés depuis, mais l'argumentation de Clarke n'a rien perdu de sa force.
Comme je vous l'ai dit précédemment, je ne crois pas que, dans l'état actuel de l'opinion américaine, on puisse aboutir à l'annulation de notre créance sur la France; tout ce que l'on pourrait obtenir, ce sont des conditions généreuses pour la consolidation de la dette.
La conduite des Français a, en effet, créé ici une atmosphère moins favorable qu'elle ne l'était précédemment. Beaucoup d'Américains s'irritent de voir que, au bout de six ans, la légitimité de leur créance n'est pas encore reconnue, et de constater que, tout en déclarant solennellement leur intention de payer, les hommes d'Etat et les journaux français discutent le montant réel de la dette. Ils s'irritent d'apprendre que beaucoup de Français aient le sentiment très net qu'ils ne doivent rien; que, dans beaucoup de régions de la France, où les Américains ont pour le moins été l'un des facteurs de la victoire et étaient si populaires, il y ait maintenant de fréquentes marques de désaffection parce que les Etats-Unis exigent le paiement d'une créance légitime sans vouloir examiner ce qui pourrait la faire réduire. L'impression a été déplorable quand on a appris que, aux Jeux Olympiques, des foules françaises avaient maltraité, l'an dernier, les athlètes américains; qu'un homme d'Etat tel que Louis Marin avait, à la Chambre des députés, comparé les Etats-Unis à Shylock et proposé de faire participer les Alliés aux frais de la guerre, non pas en proportion des intérêts vitaux qui étaient en jeu pour chacun, mais en proportion de leurs ressources financières; et que, enfin, un très grand nombre de députés avait désiré faire afficher ce discours dans toute la France. Les Etats-Unis qui, en cas de défaite, ne risquaient aucunement leur existence nationale et qui n'ont été en guerre que dix-huit mois, auraient donc, suivant Marin, à supporter quatre fois plus de frais que la France, pour laquelle la défaite eût signifié l'extinction de son foyer national! Malgré tout, je pense que la France jouit plus qu'aucune autre nation de la sympathie et de l'affection des Américains. Mais quand la mission financière française viendra chez nous, elle devra avoir présentes à l'esprit toutes ces choses qui ont créé une atmosphère défavorable.
Dans les courtes notes que j'ai écrites, je n'ai considéré les créances de guerre que sous certains aspects, sur lesquels je pense que l'on n'a pas suffisamment insisté, ou même pas insisté du tout. Aucun doute ne peut exister à mon avis sur la légitimité de la créánce américaine, mais la loyauté, l'équité, l'amitié, la réciprocité et même des précédents militent très fortement en faveur de la réduction ou de l'annulation de cette créance...»

suite en page une du Figaro


30 août 1925