AU JOUR LE JOUR
George Sand aux Pyrénées
Le Musée pyrénéen s'est donné une fort jolie mission. Il fait revivre en même temps qu'il conserve. Voici un bel exemple à suivre, retrouver la trace des grands passants disparus, retrouver leurs émotions, retourner où ils allèrent et se souvenir d'eux sur place.
Tout ce qui se rattache aux Pyrénées intéresse ce comité intelligent; il recueille, il enregistre, il commémore.
Ce printemps, c'était Alfred de Vigny dont le Musée pyrénéen fêtait le centenaire aux Pyrénées; l'an prochain, ce sera celui de Gavarni; le 30 de ce mois, comme les journaux l'ont annoncé, c'est le séjour de George Sand qu'on va célébrer. En 1825, George Sand allait se soigner à Cauterets, en compagnie de sa famille. et de deux amies de couvent. Le voyage, à cette époque, était un long voyage. 11 s'agissait de cent quarante lieues d'une traite. En ne voyageant que le jour à cause du petit Maurice âgé de deux ans, Mme Dudevant (la future George Sand) partit de Nohant avec son mari, l'enfant, Fanchon la femme de chambre et Vincent le cocher, qui devait voyager, « fou de joie, sur le siège de la voiture ».
Atteinte d'une toux opiniâtre qui donnait des inquiétudes aux siens, dès son arrivée aux Pyrénées, au lieu de se soigner, Aurore Dudevant soigna le petit Maurice qui tombait malade, puis, une fois tranquille sur la santé de son fils, désireuse d'explorer le pays, elle se jeta avec enthousiasme dans des excursions de 10 à 14 lieues à cheval, puis, à pied, elle s'enfonça dans les sites où ni chevaux ni voitures ne peuvent passer, et découvrit des merveilles entre pics et précipices, au risque de sa vie, transportée d'une joie exaltée par la beauté de la nature. « Aussi, écrit-elle, j'ai été fort souffrante de la poitrine, mais je ne me suis point arrêtée à ces misères-là, et, en continuant des exercices violents, j'ai retrouvé ma santé et un appétit qui effraye nos compagnons de voyage les plus voraces. » Il est certain qu'elle exagère, mais elle écrit à sa mère qu'elle veut tranquilliser.
Au lieu de se servir de la chaise à porteurs à Cauterets, malgré l'agilité et l'aplomb des porteurs, elle préfère marcher et se met, comme eux, « à sauter d'une pierre à l'autre, tombant souvent et me meurtrissant les jambes, riant quand même de mes désastres et de ma maladresse ».
Elle conclut, avec sa modestie habituelle, ne voulant point faire trop admirer son courage Au reste, je ne suis pas là seule femme qui fasse des actes de courage. Il semble que le séjour des Pyrénées inspire de l'audace aux plus timides, car les compagnes de mes expéditions en faisaient autant.
» Je suis dans un tel enthousiasme des Pyrénées que je ne vais plus rêver et parler toute ma vie que montagnes, torrents, grottes et précipices.
Elle n'ajoutait pas qu'à l'admiration. éprouvée pour la montagne, son âme captive se libérait, et qu'elle découvrait le paysage grandiose dont elle avait besoin pour sa sensibilité et pour son œuvre.
AURORE SAND.