REFLEXIONS DU SOIR
Les Raisons de l'Attitude britannique
On se demande un peu partout les raisons véritables de l'attitude de l'Angleterre vis-à-vis de l'Allemagne et l'on marque quelque surprise de constater que, depuis la signature du Traité de Versailles, la Grande-Bretagne a toujours encouragé visiblement le Reich à ne point satisfaire aux clauses du Traité. Cette partialité vis-à-vis d'un peuple que l'on traita couramment de « barbare» et d'«en dehors des lois humaines», dans toute la presse d'outre-Manche, du mois d'août 1914 à novembre 1918, n'a ses origines que dans la mentalité impérialiste du peuple britannique.
Nous n'irons point jusqu'à dire que le sentiment n'entra pas, pour une part, dans la décision de déclarer la guerre, après le sac de la Belgique, mais on ne peut méconnaitre aussi les raisons économiques qui poussèrent les Anglais à participer au conflit mondial.
L'Allemagne commençait à distancer -et de loin- la Grande-Bretagne, sur le terrain commercial et industriel: elle livrait à Londres, à un prix moins élevé que celui des usines de Sheffield ou de Birmingham, ses divers produits manufacturés... Elle avait aussi des colonies et le kaiser ne cachait pas sa volonté d'accroître ce domaine, déjà fort étendu. Il avait aussi tourné ses regards vers la mer propriété exclusive de l'Angleterre et faisait construire une flotte marchande en même temps que de puissantes unités guerrières...
Aujourd'hui, les Britanniques peuvent respirer. Comme ils n'ont jamais été prévoyants, ils ne se rendent pas compte que le Reich n'a pas accepté sa défaite et préparait déjà sa revanche avant même que le Traité de Versailles ne fût signé.
Ceux d'entre eux qui le constatent, s'efforcent de le nier, pour le bien de l'Empire, car les Anglais ont peur de leurs Dominions. Ils ne veulent, à aucun prix, compromettre l'unité britannique et les avertissements successifs de tous les chefs du gouvernement des Dominions ont dicté leur ligne de conduite aux ministres qui se succédèrent au pouvoir central, depuis M. Lloyd George jusqu'à M. Baldwin, en passant par M. Mac Donald.
Le discours du général Smuts, à Johannesbourg, avait eu un énorme retentissement au Canada et en Australie. Il était donc indispensable de donner satisfaction aux possessions anglaises, faisant partie intégrante de l'Empire, et qui ne veulent plus être entraînées dans les hasards d'une guerre européenne.
C'est pour cela et pour cette seule raison que MM. Baldwin et Austen Chamberlain ont fait, une fois encore, machine en arrière, et nous fûmes dans la nécessité de les suivre, car si l'accord n'avait été conclu, cette fois-ci, la situation devenait très grave, aussi grave qu'en août 1914.
Lorsqu'on lit dans les journaux anglais des phrases comme celle-ci (Daily Telegraph du 11 août): « L'opinion britannique a mis un certain temps à se rendre compte que le modèle de pacte primitivement envisagé risquait d'engager la Grande-Bretagne dans une guerre à l'appui, soit de la France, soit de rAllemagne... », cela veut dire en bon français: « Toutes mes excuses, encore un petit sacrifice, car, s'il le fallait, je me mettrais, au besoin contre vous, pour avoir la tranquillité chez moi. Où sont-elles, les belles journées de jadis, alors que, des deux côtés de la Manche on n'avait qu'un but: terrasser l'ennemi commun ?
« Souvenir !... Souvenir !... » disaient, sur le front, les soldats anglais après avoir échangé avec les nôtres quelque objet de peu de valeur...
L'Entente cordiale ??? Souvenir ! Souvenir !
ANDRE PAYER.