Foudroyé en sonnant les cloches
La saison orageuse que nous traversons a déjà donné lieu, malheureusement, à plusieurs accidents causés par la foudre. Celui qui vient de se produire aux environs de Tarbes n'a pas eu de suite mortelle comme les précédents, mais il mérite d'être remarqué entre tous en raison de son caractère peu banal.
Comme des nuages épais couvraient la campagne avoisinant Estirac, et comme le tonnerre commençait à gronder, le sonneur du pays, un vieillard de soixante-dix ans, se rendit aussitôt à l'église et, suivant un antique usage qui veut qu'on sonne les cloches pour éloigner les orages dangereux, se mit en devoir de mettre en branle le lourd battant de bronze. Or, à peine eut-il touché à la corde que la foudre tomba sur le clocher.
Pressentant un malheur, les habitants proches de l'église accoururent et trouvèrent le vieux sonneur étendu sans connaissance au pied de la cloche immobile. Mais des soins immédiats parvinrent à le ramener à la vie. Quant au clocher, plus vieux encore que le sonneur, il a été fortement endommagé par la foudre.
UN ENTRETIEN AVEC LE ROI BORIS DE BULGARIE
"Je vois le monde d'aujourd'hui divisé en deux camps hostiles, nous dit le souverain. L'un désire un changement immédiat et radical, l'autre lutte pour le statu quo. A mon avis les deux idées sont fausses.
"Le seul moyen de réparer les ravages de la dernière guerre, c'est le travail."
DE LA CONDUITE D'UNE MACHINE COMPARÉE A LA CONDUITE DE L'ÉTAT
[PAR DÉPÊCHE PARTICULIÈRE.]
SOFIA, 13 août. - Je refuse l'interview. Mais, si vous le souhaitez, je suis à votre disposition pour un bavardage d'information pure, et prêt à discuter avec vous sur n'importe quel sujet sous le soleil.
Ces mots, prononcés en excellent anglais par S. M. le roi Boris de Bulgarie, n'ont fait que confirmer ce que je savais sur sa répugnance à recevoir les journalistes, depuis le récent attentat, dont il faillit être victime.
Je m'adressai donc à M. Kalfoff, ministre des Affaires étrangères, qui fut le précepteur militaire du roi, et, pendant de nombreuses années, son aide de camp. Après maintes prières, M. Kalfoff a fini par se convaincre que je ne cherchais point de déclarations compromettantes. Sous réserve que je ne poserais point au roi de questions politiques et que je ne ferais aucune allusion à l'attentat commis contre lui, je serais admis auprès de lui ie lendemain, à 11 heures. Je donnai ma parole, et, le jour, suivant, à 11 heures très précises, je fus introduit dans la bibliothèque privée
Mécanicien royal
Le roi Boris a la réputation d'être le chauffeur le plus accompli de Bulgarie et le mécanicien le pius habile et le mieux informé des derniers progrès scientifiques. Puisque je pouvais parler de n'importe quoi sous le soleil (la politique exceptée), je jugeai que le meilleur moyen d'ouvrir la conversation était d'aborder son sujet préféré.
L'on assure, dis-je, que, ces temps derniers, les voyageurs d'un train express ne furent pas peu surpris de reconnaître Votre Majesté dans la personne du mécanicien qui les avait conduits à Philoppopoli.
- C'est exact, répond le souverain. Parmi les occupations auxquelles j'emploie de préférence mes loisirs, la conduite et l'entretien d'une locomotive me passionnent le plus. J'aime cette machinerie compliquée et je ne cesse pas de m'émerveiller de la docilité et de la précision, avec lesquelles elle répond au génie humain. La principale raison pour laquelle j'aime conduire une locomotive, c'est que cette occupation me procure une excellente diversion d'esprit, qu'elle fait surgir en moi des idées neuves et me révèle un travail travail mental insoupçonné. Combien de fois, sans autre chose, sous mes yeux, que les organes complexes de métal et d'huile, et sans autres compagnons que Dieu et le génie de l'homme qui conçut la machine, commandée par moi, le murmure monotone des valves et le balancement régulier des pistons m'apparurent comme la musi que des sphères !
» C'est dans des moments semblables que j'en arrive à comparer la conduite d'une machine à celle d'un Etat. Ainsi, vous conduisez votre machine à une vitesse terrible. Vous le devez, parce que la nécessité le prescrit, et, aussi, parce que les voyageurs l'exigent de vous. Si vous êtes un bon mécanicien, vous aurez une commande parfaite de votre machine, mais vous ne pouvez jamais dire ce qu'il y a au delà de cette course, ni prévoir qu'à un demi-mille plus loin, le rail est dérangé, ou, pendant une nuit obscure, deviner qu'à dix pieds devant vous une aiguille oubliée peut donner au train une secousse violente. Parfois même, votre machine peut être défectueuse. Une valve peut être hors de service, ou un écrou perdu. Et pourtant, vous devez soutenir la vitesse que le temps et la volonté des voyageurs attendent de vous. Qu'il s'agisse d'une secousse bénigne ou d'un déraillement fatal. qui est-ce que le public blâme ? Le mécanicien !
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