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Noré BRUNEL
Comme Noré Brunel est directeur littéraire des éditions du Fleuve, et de la revue lyonnaise qui porte le même titre, je l'ai entendu parfois nommer comme un Lyonnais appliqué à conquérir Paris. On disait à son propos : « Ces gens nés sur les rives brumeuses du Rhône, dans cette morne ville industrielle, qu'un fleuve relie à la Suisse austère, ces gens-là sont tous les mêmes! Noré Brunel est volontaire et tenace. Il nourrit. une opiniâtre ambition. Ces psychologues un peu trop prompts à juger ne se sont pas avisés, malheureusement, que, si Noré Brunel, en effet, dirige les éditions du Fleuve et organise à Lyon, pour ce mois-ci, un Congrès d'écrivains de France, qui se tiendra là-bas sous la présidence d'Edouard Herriot, il n'est Lyonnais que depuis quelques années. C'est un Provençal, un fils du soleil et du vent. Les premiers bruits qu'il entendit furent, non pas les cris enroués des mariniers dans le brouillard, mais le chant des cigales dans les oliviers d'argent. Ses premiers pas ont foulé, non le dur pavé d'une ville de travailleurs, mais la poussière blanche et craquante des chemins où les amandiers dessinent leur ombre en entrelacs bleus et mobiles. Et ce même Rhône qui pour lui reflète aujourd'hui d'imposantes bâtisses, offrit à ses regards d'enfant des vagues légères où l'azur miroitait, des vagues innombrablement souriantes», comme celles de la Méditerranée prochaine. Aussi est-ce justement que Victor Margueritte, a pu écrire, à propos de son premier livre: « Il y a là quantité de notations qui, si elles rappellent tel ou tel magistral modèle, sont cependant bien du cru de Noré Brunel et lui font honneur. Son livre a le bouquet de ces vins qu'on vendange aux côtes du Rhône, et qui offrent l'apre saveur d'un sol pierreux et parfumé, sous. le soleil . Une autre oeuvre de Noré Brunel: Le petit roi de Chiquette, a obtenu les faveurs de la critique; et un roman: Vers Elle, a remporté l'an dernier le prix du roman moderne. Ne croyez pas pourtant que que M. Noré Brunel, à l'exemple des vagabonds de Jacques Callot, ne soit riche que de choses futures. Il collabore assidûment à divers journaux parisiens, les uns folâtres, les autres humoristiques. Car il n'est pas de ces pédants qui interdisent aux artistes de sourire et qui, au lieu d'entr'ouvrir les mains pour laisser s'envoler leur œuvre nouvelle, soulèvent celle-ci de tout son poids et, sans pitié, la laissent retomber sur le public.
Paul REBOUX.
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