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Paris-Midi - 22 mars 1925


UNE ENQUÊTE DE PARIS-MIDI
Dissolution
de la Chambre ?

On sait que la commission sénatoriale des finances impose à la loi de finances votée par la Chambre de profondes modifications. Lorsque la loi ainsi transformée reviendra au Palais-Bourbon, il est généralement admis que de durs débats s'engageront.
Si le Sénat et la Chambre demeurent irréductiblement sur leurs positions, ou encore si la santé du président du Conseil le contraignait à abandonner le pouvoir, quelles éventualités convient-il d'envisager ?

1° Un cabinet de concentration ? Appuyé sur quelle majorité ?
2° Si l'aile gauche de la Chambre demeure assez forte pour renverser le cabinet ainsi constitué, devra-t-on recourir à la dissolution?
3° Quels sont les avantages et les risques que comporterait une dissolution ?

Telles sont les questions que nous avons posées à nos interlocuteurs.

M. P.-E. Flandin
M. P.-E. Flandin possède un don rare au Parlement; une discipline intellectuelle rigoureuse qui lui fait écarter sans égard les inutilités et les illusions. Dans l'embrasure d'une fenêtre des Pas-Perdus, il incline vers moi sa mince silhouette; dès les premiers mots, il situe le problème :

Si le Cabinet Herriot tombe pour raisons de santé, rien de changé ! Le Cartel reste maître du pouvoir et c'est un nouveau Cabinet Herriot sans Herriot qui en devient l'émanation.
Si le gouvernement actuel tombe pour des raisons politiques, c'est le désaveu de la politique du Cartel, c'est-à-dire l'arrivée au pouvoir d'un cabinet de concentration.
Si l'aile gauche de la Chambre, avec des renforts recrutés peut-être à l'extrême droite, renverse la nouvelle combinaison, c'est la dissolution.
Et pourquoi cette dissolution nous effraierait-elle ? Pourquoi comporterait-elle des risques? Est-ce sortir des cadres de la Constitution que de recourir à un de ses articles fondamentaux ?
Ce n'est pas, dans une démocratie, faire un coup d’État que d'en appeler au pays.

M. Alexandre Varenne
M. Alexandre Varenne est la providence des journalistes. Affable avec ceux qui partagent ses idées, légèrement ironique avec les autres, il n'en repousse aucun. Ma question l'arrêta sur le seuil du Palais-Bourbon, qu'il quittait après une chaude journée. La main égarée dans une barbe noire qui encadre ses robustes traits, il me répond:

Je me refuse à envisager l'éventualité d'une dissolution et encore moins celle d'un changement de gouvernement. La Chambre précédente n'a pas été dissoute, et pourtant elle était en conflit avec le Sénat, surtout en 1923-24, sur presque tous les points essentiels de sa politique. Pourquoi dissoudrait-on celle- ci dont les grandes lignes politiques sont les mêmes que celles de la majorité de la Haute- Assemblée ?
M. André François-Poncet
Il y a dans la personne du député de Paris un curieux mélange de raideur et de cordialité, de concision distante et de finesse aimable. Pendant la suspension d'une séance où l'hémicycle s'était transformé en ring, nous le rencontrâmes toujours calme, égal à lui-même. Un sourire sibyllin au pli des lèvres, à l'ombre de moustache cavalière, il nous déclare :

M. Herriot a adressé au pays un angoissant appel à l'union; il nous a demandé la trêve du franc; ce n'est pas seulement la trêve du franc qu'il convient de réaliser, mais la trêve de la France. Sa politique et son cabinet peuvent-ils nous donner cette trêve ? Voilà la question.
Ce que j'ai toujours soutenu dans mes papiers, c'est la nécessité de faire appel à un cabinet où tous les partis seraient représentés. Pas besoin de dissolution! Un gouvernement d'union nationale, voilà tout. Il y a un cap pénible à franchir; la traversée durera six mois ou davantage. Les mauvais moments passés, chaque parti reprend sa liberté et l'on revient au jeu parlementaire. Mais ce que ce gouvernement d'union nationale devra donner au pays, c'est l'assurance qu'il luttera contre :
1° La menace financière; 2° La menace extérieure ; 3° La menace communiste.

M. Pierre Renaudel
La tête enfouie sous un large feutre, le regard aux aguets derrière le verre des lorgnons, les épaules arrondies, inclinées sous un invisible poids, M. Renaudel me répond :
Je ne veux envisager à aucun prix les hypothèses que vous émettez ; il ne peut pas y avoir de dissolution; il y a dans cette Chambre une majorité cohérente qui sait ce qu'elle fait, qui répond aux vœux du pays. J'ajouterai que je ne suis nullement intimidé par l'attitude du Sénat. Je suis certain qu'il cédera; et il faut qu'il cède; nous ne lui. sacrifierons aucun des articles de la loi de finances; nous ne lui ferons aucune concession, vous entendez, aucune concession. ».

Nous nous ferons un devoir dans un article prochain de poursuivre ces entretiens.

Georges Suarez.

    André François Poncet      Pierre Etienne Flandin 1914     Pierre Renaudel député

Paris midi 1925 03 22 On parle de dissolution 1
Pierre Renaudel André François-Poncet
Alexandre Varenne P.E Flandin


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