Le tragique accident du canot de sauvetage «Commandant-Viort» M. LÉON BERTHAUT, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES HOSPITALIERS SAUVETEURS BRETONS NOUS DIT SA CONFIANCE DANS LES CANOTS HENRY
SAINT-MALO, 11 mars (De notre envoyé spécial.) Très aimablement. M. Léon Berthaut. le dévoué président général de la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons, a bien voulu nous accorder une interview. Il nous reçoit à Dinard, dans son accueillante villa de Bel Air, qui se dresse au milieu d'un jardin paré des grâces naissantes du printemps. M. Léon Berthaut a été profondément affecté par l'accident du «Commandant-Viort». Il ne nous dissimule pas l'émotion qui l'étreint.
«Par suite d'une fatalité déconcertante, le bateau de sauvetage a été renversé: nous en rechercherons les causes dit-il, mais je puis vous affirmer une chose: notre confiance dans le système Henry est inébranlable. Lorsque les corps des victimes du canot de La Rochelle furent conduits à la gare, le commandant Darde, président de la station de sauvetage, s'inclina devant les cercueils, de ces héros et déclara que le «Commandant-Viort» allait reprendre son service: un survivant de l’équipage affirma: «Nous sommes prêts à retourner». Cette simple parole d'un matelot, comme elle est émouvante!»
Vingt ans sans accident El M. Léon Berthaut ajoute: «Les bateaux Henry ne peuvent pas couler; depuis vingt ans qu'ils ont effectué des sorties, nous n'avons jamais enregistré d'accident. Nous attendons les résultats de l'enquête, mais l'hypothèse du manque d'eau momentané peut expliquer parfaitement ce renversement du canot de sauvelage. Le «Pierre-Labbe», que vous avez vu à la station de Saint-Servan et qui est du même type que le «Commandant-Viort», sauf qu'il ne possède pas de moteur, a accompli des expériences probantes. En novembre 1923, au Havre, il a été soulevé à 10 mètres de hauteur et lâché dans le bassin; il s'est redressé instantanément. Prochainement, à Saint-Malo, nous répéterons ces expériences devant la foule, que les sceptiques y viennent, ils seront bien obligés de s'incliner devant la réalité. A l'exposition universelle de 1900, à Paris, un bateau Henry, avec tout l'équipage à bord fut basculé dans l'eau. Il reprit immédiatement son équilibre. En outre des nombreux prix que les canots Henry, appartenant à la Société centrale de sauvetage des naufragés et aux Hospitaliers Sauveteurs Bretons ont remportés dans les divers congrès, ils ont reçu l'approbation de la commission technique des constructions navales au ministère de la Marine.»
Ceux qui ne sont pas revenus «Mais pour exceptionnelles que soient les pertes des bateaux de sauvetage, il y a cependant quelques exemples. Le 26 mars 1882, c'est tout l'équipage du canot de la Chambre de commerce du Havre qui périssait. Assez récemment, plusieurs hommes du bateau de Dieppe trouvaient la mort à peu de distance du port. En Angleterre, le 8 février 1861, à Wilby, le bateau de sauvetage après avoir sauvé sept équipages est surpris par une énorme vague et chavire. Onze hommes se noient. En décembre 1886. à Sainte-Anne-sur-Mer, province de Lancashire, sur trois canots de sauvetage sotis la nuit, un seul revient. En février 1914, le Life Boat Helen Blake, du poste de Fethard, se porte au secours du voilier Mexico. A 50 mètres du bâtiment, le canot est assailli par d'énormes vagues et avant d'avoir eu le temps de lever l'ancre, il est mis en pièces. En Hollande, il y a quinze mois environ, un bateau à moteur n'est jamais revenu. La question de la sécurité des engins de sauvetage a été examinée avec la plus grande. attention et discutée au congrès d'études qui s'est tenu à Londres en juillet 1924 à l'occasion du centenaire de la Royal National Life Boat Institution. Voici le résumé des conclusions auxquelles nos amis anglais sont arrivés. Aujourd'hui, comme il y a quarante ans, on ne peut avoir des bateaux parfaitement en sécurité dans toutes les circonstances possibles de vent et de mer. Il n'en existera probablement jamais. C'est ce qui fait le mérite et l'honneur des équipages. Les meilleurs canots de sauvetage ne seront donc pas toujours exempts de désastre puisque plus le bateau est sûr, plus grande est en lui la confiance des sauveteurs et plus ils seront prêts, en hommes braves et audacieux à courir de plus grands risques.,»
Ayons confiance Et M. Berthaut termine ainsi: «Les hommes du «Commandant-Viort» se sont conduits merveilleusement; ils ont lutté de tout leur cœur, de toute leur âme; on est en admiration devant leur œuvre. En ce qui nous concerne, nous n'abandonnerons pas le système Henry, et pour succéder à notre vieux «Pierre-Labbé» de Saint-Servan, qui a donné ses preuves en maintes circonstances, nous songeons à un canot comme le «Commandant-Viort» et qui, probablement portera le nom du Commandant-Reculour, père des Terreneuvas. Nous aurons d'ailleurs soin une fois de plus de nous entourer des conseils les plus autorisés et aussi de nous assurer que nous avons fait tout ce que les progrès de la science nous permettront de réaliser. Notre société va incessamment publier une déclaration exprimant son admiration pour les sauveteurs et sa confiance dans les bateaux Henry.»
L'avis d'une personnalité aussi autorisée que M. Léon Berthaut confirme donc pleinement ce que nous disaient hier les marins du Pierre-Labbé.
Maurice JAN.
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