Les luthiers sont au désespoir : les chevaux blancs se raréfient de plus en plus. Jamais, ils ne furent les plus nombreux, et la multiplication des autos, qui, lentement, éliminent la plus noble conquête de l'homme, a pour conséquence de rendre les beaux crins blancs très difficiles à trouver
Or, ceux-ci sont irremplaçables, ou du moins, leur remplaçant est encore à trouver pour la confection des archets de violons et violoncelles. Des instruments moins subtils, tels que la contre-basse, peuvent à la rigueur se contenter d'archets dont de sombres crinières ont fourni la matière essentielle, mais le frémissant violon réclame, pour exhaler sa voix pure, le concours des souples et soyeux crins blancs. La Sibérie et la Russie orientale en fournissaient jadis en abondance, mais les malheurs des temps, les conditions économiques troublées ont presque tari leur apport.
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