LES CHOSES QUI S'EN VONT Les derniers vestiges du Wonderland s'émiettent peu à peu sous le ciel gris
Jour gris... jour d'hiver.… Avenue de Suffren... Un léger brouillard coiffe les buildings du quartier, cependant que tombe une pluie fine qui arrose des tas de matériaux, des charpentes squelettiques, derniers vestiges de la Grande Roue du Wonderland... Dans quelques jours il ne restera plus rien, que des souvenirs, de ce qui fut de 1907 à 1914 l'établissement pugilistique où se déroulèrent les grandes rencontres qui implantèrent la boxe en France et qui reconquirent les foules à ce sport. Que de souvenirs... Théo Vienne, dont le nom est inséparable de celui du Wonderland et de l'organisation pugilistique d'avant-guerre; Maitrot, l'arbitre-athlète; Cuny, boxeur et match-maker; les débuts de Carpentier, ses combats, ceux de Frank Erne, Willie Lewis, Charles Ledoux, Harry Lewis, Joe Jeannette, Sam Mac Vea, Tommy Burns, Jack Johnson, etc., etc., et aussi les fameuses compétitions de novices qui nous valurent tant d'homériques batailles et qui révélèrent quelques champions français. Souvenirs... Souvenirs...
Ce qui reste du Wonderland n'est plus maintenant qu'un squelette de poutrelles qui s'effondre, disparaît d'heure en heure sous l'effort des démolisseurs.
Visitons de plus près... Approchons-nous.…
Voilà la charpente de la salle, voici l'emplacement du ring fameux, dont il ne reste plus que quelques planches et qui, les soirs de réunion, émergeait lumineux de la foule qui se pressait autour de ses cordes. Son plancher à vibré sous l'appel des semelles de buffle des boxeurs. Il reçut la chute des vaincus descendus pour le compte par le poing fulgurant du vainqueur. Sur ses planches, qui sont là, le Noble Art a connu des apothéoses. De tout cela il ne reste que quelques morceaux de bois torturés par les marteaux, les tenailles des démolisseurs.
Il ne fallait pas laisser disparaître ces derniers vestiges du Wonderland sans leur adresser un adieu ému, l'adieu aux choses que le temps, mangeur de réalités, enfouit dans le domaine des souvenirs.
Le Wonderland n'est plus...
A. Dethès.
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