La vente des meubles et des livres d'Edouard de Max
A l'Hôtel Drouot, dans la salle n° 2, on a dispersé les meubles et les livres d'Edouard de Max. Il y a quelque chose de mélancolique à voir réuni, comme en un bric-à-brac, dans cette salle grise, tout ce dont cet amoureux des formes et des couleurs avait meublé son rez-de-chaussée de la rue Caumartin. Des tapis, qui furent éclatants, pendent, tristes, çà et là. Des bustes nostalgiques emplissent un coin, comme des voyageurs dépaysés dans une salle d'attente. On voit des tables, des coffrets et puis des livres pêle-mêle. La foule est venue nombreuse, compacte, assister à cette vente. Pièce par pièce, au gré des enchères, tout se disperse de ce qui était fait pour vivre ensemble. Et on dirait que le marteau du commissaire-priseur adjuge à chaque fois un peu de ce qui restait de l'âme du grand artiste.
Quelques personnalités parisiennes, très peu, sont venues recueillir des souvenirs. Mlle Jane Renouardt achète beaucoup. M. Sacha Guitry acquiert pour 250 francs des étoffes précieuses.
La maquette du monument Baudelaire, pour lequel l'artiste servit de modèle et qui est dû à José de Charmoy, est adjugée 14.000 francs à la famille de ce dernier. Une ceinture assyrienne, pour laquelle le grand acteur avait une dilection particulière, atteint 370 francs. Une composition d'orfèvrerie dédiée à la gloire de Gaston IV de Béarn dépasse 4.000 francs. Et c'est la liste interminable des livres que leurs auteurs envoyèrent au tragédien avec les plus belles dédicaces. Un roman de Sarah Bernhardt, «La petite idole», portant sur la page de garde «A mon grand ami Edouard de Max», est vendu 175 francs. A six heures, la vente n'était pas encore finie. On livra aux enchères jusqu'aux chaises et tables qui meublaient la cuisine de la fidèle servante.
La vente, dont le catalogue était présenté par deux sonnets de Maurice Rostand, a atteint une centaine de mille francs.
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