Le Conseil municipal refuse une œuvre originale de Clésinger
Mlle Louise Olivier, femme de lettres connue sous le nom de Olivier des Armoises, par son testament, entre autres legs, donnait à la Ville de Paris, pour le Petit Palais, le Bacchus Enfant, œuvre de Clésinger. Cette pièce fameuse lui valut le prix de Rome, et le marbre en est au Louvre. Pour que cette disposition reçoive son effet, l'autorisation administrative préfectorale est indispensable. Sur le rapport de M. le comte Fortuné d'Andigné, le Conseil municipal de Paris a demandé au préfet de la Seine de répudier le legs de Mlle Olivier. Quand cela s'est-il passé ? Si l'on en croit le Bulletin municipal, la chose aurait été débattue le 24 novembre dernier. Rien de moins certain. Car, si peu enclin à la connaissance des arts et de leurs créateurs qu'ils soient, les membres de la majorité se rappellent Clésinger, du moins de nom. Si, en fait de Louvre, ils connaissent un grand magasin, la plupart d'entre eux ont fait le tour des parterres du Luxembourg; ils ont regardé le cycle des Reines de France, la statue de Louise de Savoie est de Clésinger, Un membre de la minorité eût pu rappeler que la statue de George Sand, à la Comédie-Française, est de Clésinger, comme l'admirable buste palpitant de Mme Sabatier « la Présidente», de Théophile Gautier. Clésinger était le gendre de Georges Sand; il fut célèbré, pendant le second empire, par tous les critiques d'avant-garde ! Si l'on n'a pas protesté contre cette exclusion, venant après celle d'œuvres de Dalou que nous avons relatée dans Paris-Soir c'est que la délibération de M. d'Andigné n'est pas venue en discussion; mais, comme beaucoup d'autres décisions de la quatrième commission, celle des Beaux-Arts, elle est passée directement à l'impression. Ce sont là coutumes inacceptables, intolérables même. Le Conseil municipal se doit d'y mettre un terme. Le public serait heureux d'apprendre que cette fâcheuse habitude ne se continue pas. Elle est dirigée nettement contre lui: les Musées de la Ville sont à lui.
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