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Excelsior - 08 février 1925


L’île flottante imaginée par M. Defrasse

La liaison rapide entre l'Amérique et l'Europe est un des importants problèmes de l'heure et l'instrument tout désigné de cette liaison, c'est l'aérobus. Mais la navigation aérienne n'est pas encore parvenue au point de perfection suffisant pour qu'on puisse faire, en un seul vol, une traversée aussi formidable que celle qui sépare Brest de New-York. De nombreux techniciens ont donc envisagé la possibilité de créer des relais flottants afin d'assurer, en plein océan, des refuges aux appareils en route. Mais, jusqu'ici, les projets conçus étaient tous dus à des étrangers, des Américains, des Anglais, des Allemands. Un de nos compatriotes, M. Henri Defrasse, jeune architecte de grand talent, se met aujourd'hui sur les rangs pour poursuivre le même but. Son étude, présentée à l'Institut, a remporté le premier prix au concours Chenavard et obtenu une médaille d'argent au Salon des artistes français de l'année dernière. On nous saura gré d'en faire connaître les grandes lignes et d'en publier le plan en même temps que les différents aspects de l'œuvre telle qu'elle serait une fois réalisée.

L'île flottante

L’île flottante imaginée par M. Defrasse servirait de station amerrissage aux hydravions d'une compagnie aérienne effectuant la traversée la plus courte entre la France et l'Amérique, c'est-à-dire de Brest à New-York. Elle serait pourvue de tout ce qui est nécessaire au garage, au ravitaillement et à la réparation des appareils. Elle comporte également une installation dans laquelle les passagers et le personnel naviguant trouveraient à se sustenter et à se reposer dans les meilleures conditions de confort moderne.
La nécessité pour les appareils en service d'être munis d'organes d'amerrissage en cas de détresse, a fait songer à leur ménager non un ponton pour y atterrir, mais une nappe d'eau calme pour y amerrir. On éviterait ainsi aux hydravions déjà lourdement chargés, l'obligation de posséder un train d'atterrissage, poids mort inutile, qui, remplacé par du combustible, leur procurerait un rayon d'action supérieur. De là l'espèce de fort flottant dont le projet de M. Henri Defrasse a l'aspect.

Principales caractéristiques

L'île en question, construite en béton armé est constituée par une coque profilée à la manière des bateaux. A sa partie inférieure et sur ses côtés, elle comporte des caissonnages et des ballasts destinés à assurer la flottaison et l'équilibre. Pisciforme à l'extérieur, elle offre relativement peu de résistance aux vents et aux courants.
Le bassin intérieur, le bassin d'eau calme, profond de cinq à six mètres, est en communication avec la mer par la partie arrière, où un double barrage mobile empêche les lames de pénétrer. Par des orifices en chicane percés dans la coque, il présente l'aspect d'un canal d'amerrissage, s'épanouissant en un large port pour l'évolution des appareils et, éventuellement, des bateaux.
L'ancrage d'une telle masse par des fonds offrant un minimum de quinze cents mètres ayant semblé absolument impossible, la propulsion se fera par des moteurs installés à la partie arrière. Cette masse peut ainsi rester constamment au même point et se maintenir le nez au vent pour faciliter l'amerrissage. Une fois construite, elle peut, en outre, se rendre à l'emplacement désigné ou modifier sa position selon la nécessité du moment, commandée par les courants marins ou aériens, par la présence de banquises, etc.

Stabilité

Égale au double de la dimension des houles dans son grand sens, l’île flottante est peu susceptible de tangage. Quant au roulis, il se trouve très atténué et combattu, dans une large mesure, par les énormes ballasts latéraux, les vagues généralement dans le sens du vent se présentant rarement de côté.

L'amerrissage et le décollage se produisant dans un sens unique, face au vent, déterminent le parti de composition. L'avant et l'arrière sont le plus possible dégagés. Les bâtiments se trouvent sur les côtés. Toutefois, la proue, assez élevée pour résister aux lames, contiendra les hangars, dont l'ouverture se présentera à l'inverse des courants d'air et des courants

Ce qu'on trouvera sur l'île flottante

Trois phares puissants, permettant de repérer l'île pendant la nuit, seront disposés selon les habitudes de l'aéronautique: un à l'avant, deux à l'arrière. Ils seront au ras de l'eau, leur projection ne devant pas être horizontale, mais verticale.

Sur l'un des côtés de l'île se trouveront l'hôtel, un hôtel tout à fait moderne, avec grands salons, salle à manger et nombreuses chambres, le poste de T. S. F., le service météorologique et la capitainerie. Sur le côté, opposé seront les ateliers de réparations, dans lesquels on amènera moteurs et cellules préalablement démontés dans des hangars et véhiculés par les coolies; des logements pour le personnel.

Sous les phares d'arrière seront placées les salles des machines destinées à la propulsion de l'ensemble. Enfin, dans les anfractuosités seront installés les dépôts de vivres et de matériel.

Dimensions et prix

Les dimensions de l'île sont de 450 mètres de longueur sur 230 de largeur, le port intérieur seul couvrant une superficie de 300 mètres. sur 90.
Quant au prix de chacune de ces constructions gigantesques, l'auteur du projet estime qu'il ira de 150 à 200 millions.


Henri Defrasse
Alphonse DefrasseHenri Defrasse


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